Kinks / Beach Boys : une Komparaison

Publié le par Fletcher Honorama

 

Cette fois, un article de pur divertissement.

Depuis les Kinks, ce sont les Beach Boys que j’ai découverts « de fond en comble ». Je n’en ferai pas un blog (!), mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver des similarités entre les deux groupes. Lesquelles ?...tentative de justification d’une intuition en dix points communs (chiffre purement arbitraire).

 


1/ Une affaire de famille

 

L’évidence, tout d’abord…même si le constat « génétique » est beaucoup plus vrai chez les américains.

En effet, pour une fratrie Dave-Ray chez les Kinks, les Beach Boys se fendirent eux d’une véritable petite entreprise familiale puisque, dans leur version première, ils furent composés des frères Carl, Dennis et Brian, mais aussi de leur –embarrassant ?...oups !- cousin Mike Love (qui a semble-t-il aujourd’hui, et depuis 1974, main mise sur « la firme »)…sans oublier leur  père –tyrannique-, qui joua un temps le rôle de manager.

Pour un groupe comme l’autre, cette « cellule familiale » ne fut pas sans heurts et entra dans la légende : les uns ne se sont-ils pas d’ailleurs encore écharpés par voie de presse il y a quelques années, échappant à une reformation comme à une prophétie trop évidente ; et les autres, récemment reformés pour mieux repartir fâchés, à la faveur d’une sorte de retour à la tradition de Mike Love, dont les démêlés judiciaires avec ses frères sont de notoriété publique depuis longtemps ?...mais les frères Wilson diffèrent de leurs « homologues britanniques » sur un point : une fraternité jamais démentie, si l’on comprend le mot au sens de « soutien inconditionnel », là où les relations furent davantage délicates entre Ray et Dave Davies.

À noter également les relations conflictuelles vécues par les batteurs au sein de ces groupes : penser à l’hostilité Mick Avory / Dave Davies, qui déboucha sur un incident à Cardiff en 1965, puis sur un débauchage du premier en 1984 par pression du second sur l’antienne « lui ou moi ! » ; et à l’inimitié grandissante Dennis Wilson / Mike Love chez les Beach Boys, le batteur étant devenu compositeur et chanteur de premier plan au début des années 70, à l’instar du « frontman » roux : la légende veut d’ailleurs que Dennis Wilson fut l’un des rares –en fait, le seul ?- des Beach Boys à oser s’opposer frontalement au cousin Mike, voire à y mettre les poings (?) sur les i…mais je n’étais pas là pour vérifier. Autre et dernier élément factuel : les deux n’officièrent plus avec le groupe en ou au cours de l’année 1984 (Dennis Wilson, hélas, connaissant lui une fin tragique au crépuscule de l’année 1983…).

 


2/ D’une identité l’autre

L’un comme l’autre groupe a connu, du début de sa carrière à son explosion au milieu des années 60, un brusque et spectaculaire virage musical et identitaire, avec Face to Face (1966) pour les Kinks et Pet Sounds (1966) voire Today ! (1965) pour les Beach Boys.

Rien que d’ordinaire, dans une décennie où tant de groupes ont évolué drastiquement de leur genèse à leur accomplissement ? Peut-être. Mais il est une particularité que partagent les Kinks et les Beach Boys : celle de n’avoir pu se départir -au moins aux oreilles du public-, de l’image sonore de leurs premières années…quand bien même ils estimeraient leur aboutissement artistique aux années mêmes qui furent et restent largement « ignorées ». Cette particularité, les maisons de disques respectives, sinon les groupes eux-mêmes, en furent largement responsables dans le sens où toutes les compilations publiées depuis lors tendent à valoriser les hits « du début » -ou correspondant à l’identité sonore attendue, bien que plus tardifs dans la discographie (penser par exemple à l’escamotage de tout clavecin chez les Kinks, et l’omniprésence de Do It Again et autres morceaux surfs / « rétros » chez les Beach Boys), et où les groupes eux-mêmes véhiculent cette image, convaincus que c’est elle qui plaît au public, « car commerciale » -je grossis le trait volontairement-. Il faut dire que chacun y est allé de sa désillusion lorsqu’il s’est éloigné des sentiers battus et pleins de réussite des glorieux débuts…

On peut s’amuser de constater que ce virage est allé dans « un même sens » pour un groupe comme pour l’autre…vers l’est, en s’éloignant de l’Amérique pour les Kinks, et en s’éloignant de la Californie pour les Beach Boys, avec une illustration mi-sociologique mi-satirique d’une Grande-Bretagne correspondant largement à celle de leur enfance pour les uns, et une ambition mi-pop mi-symphonique teintée d’expérimentations pour les autres.

À noter qu’à leurs débuts, les Kinks comme les Beach Boys ont publié leur version du classique de Richard Berry, Louie Louie (1957), sur une publication de 1964 qui fut l’EP Kinksize sessions pour les Kinks, et l’album Shut Down Vol.2 pour les Beach Boys : témoin d’un même élan. Les Beach Boys affirmèrent à plusieurs reprises ensuite leur affection pour les Beatles, avec des reprises « live » de I Should Have Known Better, Tell Me Why, et You’ve got to hide your love away qui connurent la postérité éditoriale sur Party ! (1965) ; une affection que se gardèrent bien d’exprimer des Kinks probablement plus distants voire orgueilleux.

L’Amérique, les Kinks y revinrent, au début des années 70, avec notamment un album représentants une Angleterre idéalisée à travers une américanisation (Muswell Hillbilly), puis, pour y retrouver le succès commercial dans les années 80. Quant aux Beach Boys, je serais bien en peine de déterminer leur cap passé Surf’s Up, qui signa la fin de l’éparpillement du reliquaire (!) de Smile, mais je me souviens avoir été amusé de leur découvrir un album titré « Holland » quelques années plus tard (1973)…jamais bien loins des côtes ?

 


3/ Des tournées…en studio

Un point commun aux deux leaders et compositeurs principaux de ces deux groupes : une allergie passagère aux tournées.

Par « allergie », que faut-il comprendre ? Eh bien : un compositeur dispensé de tournée écrivant parmi les meilleures chansons du répertoire de son groupe, tandis que ce dernier s’en va interpréter les grands succès de celui-ci…

Pourquoi de telles allergies ?...

Si ces pages vous sont familières, le cas de Ray Davies vous est connu : épuisé par la pression de ses problèmes juridiques, du succès, de sa maison de disque, de sa vie de famille, et, probablement, par sa propre exigence envers lui-même dans la compétition qu’il avait lancé au reste du monde musical, il fut mis en quelque sorte à un « repos thérapeutique » durant le printemps 1966. Aujourd’hui, on pourrait parler de « burnout » (…). Un épisode charnière de la vie du groupe, en fait, puisque Davies profita de cet intervalle pour puiser de son environnement de père de famille suburbain une nouvelle source d’inspiration…source d’inspiration qui l’amena à écrire les chansons du nouvel album à venir, Face To Face, qui fut clairement l’album de transition du groupe vers des univers artistiquement et conceptuellement plus ambitieux. À l’époque, Sunny Afternoon, écrit lors, détrôna le Paperback Writer des Beatles. Forme d’affront au « maître » qui participa activement, quoique temporairement, à la convalescence du compositeur.

En ce qui concerne Brian Wilson, le mal, peut-être, était plus profond…en tous cas, plus enraciné. Si l’on en croit cet article, il remonterait au 23 Décembre 1964, et à une dépression née lors d’un vol Los Angeles / Houston qui l’encouragea à abandonner les tournées pour quelques années. Dépression qui, dans les mêmes sortes de condition, lui permit de produire son chef-d’œuvre, Pet Sounds (1966), après que Rubber Soul (1965) fût sorti et que ces circonstances l’encouragent à se développer artistiquement et tenter d’écrire, en somme, le plus bel album du monde et supplanter les Beatles ; vœu réalisé dans le sens où lesdits Beatles, c’est-à-dire notamment Paul McCartney et John Lennon, furent soufflés par la qualité de l’enregistrement qu’ils se jurèrent d’émuler.

On peut ainsi voir comment, dans l’introspection, et une certaine distanciation avec le pur accueil public –d’abord sensible sans doute, en concert, à l’entrain rythmique des chansons-, Ray Davies et Brian Wilson, en cessant momentanément les tournées (bien que pour des causes accidentelles), participèrent à introduire la musique et l’industrie musicale dans une nouvelle ère : l’ère plus artistique des albums en tant que concepts à univers à part entière, et non collections de chansons aléatoires à « consommer ». Ceci en précurseurs, puisque fin Août 1966, ce furent les Beatles eux-mêmes et dans leur entier qui, dans un mouvement inédit, décidèrent de mettre fin à toute tournée (pour des raisons certes largement techniques, n’étant pas entendus par la foule hystérique) et travailler à temps complet en studio -avec le succès que l’on sait, puisque leur musique et leurs personnalités éclipsèrent largement les autres figures des années 60. Et avec elles, les « avant-gardistes » Ray et Brian…



4/ Une position d’outsider

 

Cette comparaison, en fait, est un corollaire direct de la précédente : Ray Davies et Brian Wilson, sûrs de leur destin musical et de leur génie, refusèrent de marcher au pas de leur époque…ce qui leur coûta l’incompréhension de leurs contemporains.

Durant la période post-Pepper, ils rechignèrent notamment de céder à la mode du psychédélisme, proto hard rock et autres courants nés à la confluence de l’été de l’amour, des drogues, et de tout ce qui pouvait bien être dans l’air alors - là où d’autres se seraient inscrits dans l’un ou l’autre courant par goût, confort…et / ou conformisme. Les Kinks comme les Beach Boys avaient rivalisé avec les Beatles, et ce dans un registre différent : leur moteur, dès lors, fut leur conviction d’avoir une identité artistique distincte à épanouir, fut-ce À LA MARGE de tout courant musical apparenté.

Les Kinks poursuivirent le sillon de leur « série anglaise » entamée avec Face To Face ; les Beach Boys, dans une moindre mesure, celle de leurs « expérimentations » Pet Soundsiennes -volontaires d’abord ; hasardeuses ensuite-. Des directions qui ne furent parfois pas mêmes comprises, ou admises par les membres du groupe même –penser à l’aversion de Pete Quaife pour la chanson Wonderboy ; et celle de Mike Love pour le projet Smile dans son entier...-. Dans cette période, entamée en 1967, aucun des albums en flagrant délit de décalage avec leur époque publiés par les deux groupes ne connut la gloire escomptée par ses auteurs. Something Else et les erratiques résidus de Smile, Smiley Smile, tout comme (le trop sobre ?) Wild Honey, en 1967, de passer virtuellement inaperçus. Puis, en 1968, Village Green Preservation Society et Friends y allèrent chacun de leur maigre concession au psychédélisme en vogue, si l’on veut, et si l’on considère Wicked Anabella et Transcendantal Meditations comme de crédibles allégeances…mais ce fut loin de suffire, et les deux albums parurent à peu près également invisibles, malgré leur qualité. Je n’irai pas beaucoup plus loin, sinon pour dire qu’en 1969, Arthur et 20/20 signèrent un certain retour en grâce des deux groupes, avant que les Beatles ne se hâtent de clore la page qu’ils venaient d’ouvrir d’une manière aussi élégante que possible, laissant leur rivaux frustrés se frotter à l’émergence de ceux qui allaient les ringardiser durant les années soixante dix, tels les affamés Led Zeppelin…et les Kinks et les Beach Boys, toujours plus à la marge.

Vous aurez remarqué ici mon insistance vis-à-vis des Beatles, en tant que « géants » qui auraient ouverts une voie à laquelle se seraient refusé d’accéder Kinks comme Beach Boys…

C’est que, si le mot « outsider » signifie littéralement « être à la marge », il se comprend d’abord, dans l’usage populaire, comme le « syndrome de David contre Goliath » : du petit contre le grand. Or, il fait peu de doute que les Kinks comme les Beach Boys, par l’intermède de leurs leaders respectifs, aient vécu leur concurrence générationnelle avec les « numéros uns » d’alors sous un rapport d’outsider : les Beatles, c’étaient deux compositeurs chevronnés –le fantasque Lennon et l’impeccable McCartney-, un producteur et arrangeur de génie –George Martin-, et bientôt…un troisième compositeur plus que satisfaisant en la personne de George Harrison. Ray Davies comme Brian Wilson occupaient eux le rôle de compositeur principal et producteur dans leur formation, et ne bénéficiaient pas toujours des faveurs ni de leur maison de disques, ni de leurs partenaires, faute d’une crédibilité (commerciale ?) suffisante peut-être, voire d’un entourage suffisamment compréhensif et ouvert à leurs démarches. Seuls pour rivaliser avec Paul, John et les deux George réunis…ils durent avoir le sentiment d’être engagés dans une lutte inégale. Certes : le dire, c’est négliger l’apport de leurs camarades, sans doute. Mais avec le perfectionnisme échevelé propre au génie, et dans un moment de paranoïa, sans doute…



5/ Un album perdu

 

« L’anecdote » est connue des lecteurs de ce blog : en 1973, un album des Kinks, « The Great Lost Kinks Album », fut publicisé, produit et mis en vente avant de se voir retiré des bacs deux années plus tard, sur décision de justice, après une plainte de Ray Davies contre un éditeur désireux de publier collatéralement quelques inédits des « bonnes vieilles années » dans le but de…surfer sur une nostalgie sonnante et trébuchante.

Ironiquement, le Beach Boy Brian Wilson connut pratiquement le cas inverse, pour un « album perdu » plus légendaire encore : Smile, ou « la plus grande œuvre rock jamais réalisée », mais littéralement, ou tout ce que vous voudrez bien en dire…je n’insisterai pas sur ce dont il s’agit, d’excellents articles ont été écrits, et d’excellents documentaires tournés à ce sujet.

L’ironie est la suivante : Smile était le projet de Brian Wilson ; il le voulait ; sa maturation était largement entamée…à vrai dire, il ne « manquait virtuellement plus » que les voix de ses collègues, les pistes instrumentales ayant été enregistrées avec d’autres musiciens –comme ce fut le cas pour Pet Sounds : avec le Wrecking Crew-. La publicité commençait d’en être faite ; le nom en circulait dans les journaux, ainsi que quelques titres…et dans le cas présent, ce fut finalement l’éditeur qui fut contraint, et ce fut finalement l’auteur qui fut « frustré » (et le mot est faible…) : ce, entre autres, parce que l’album était aux antipodes des goûts de Mike Love, qui rejeta en bloc les expérimentations de Brian, dont il jugea cette fois qu’elles allaient trop loin –…de leur musique d’origine !- tout comme les paroles de Van Dyke Parks, qui, en plus d’enrober les chansons de paroles sibyllines -telles celles de Surf’s Up-, risquait de menacer (?) son propre rôle de parolier au sein du groupe*.

Le destin des deux albums fut d’abord d’être publiés de manière parcellaire. Les Beach Boys le firent en leur temps, fragmentant (dilapidant ?) l’héritage expérimental de Smile sur plusieurs albums et plusieurs années, faisant subir des transformations aux chansons, et brisant l’unité voulue par Brian Wilson, qui  en rêvait comme d’un tout « symphonique ». Nom principal donné au gâchis : Smiley Smile, à comprendre peut-être comme « ersatz de Smile » - album dont je cherche en vain les vertus euphorisantes, pour n’y trouver qu’un climat mentalement pénible et anxiogène-.

The Great Lost Kinks Album, quant à lui, est un puzzle dont on a longtemps plus entendu parler, que la presse a l’air de n’avoir jamais évoqué, et dont les pièces inédites sont aujourd’hui à chercher au gré des rééditions saisonnières du catalogue Kinksien…

Différence de destin entre les deux projets : l’un a depuis vu le jour (Smile**) pour incarner une réconciliation de Brian Wilson avec lui-même, que « l’avortement de sa création » avait à l’époque humainement et artistiquement brisé ; quant à l’autre, il n’y a sans doute aucune chance qu’il ressurgisse un jour sous une forme officielle, tant il incarne au contraire les démêlés de Ray Davies avec des éditeurs qui furent certes soucieux de leurs propres intérêts, mais si souvent au détriment de l’intégrité artistique de l’œuvre de leur auteur (-compositeur-interprète), puisque le « concept » (économique !) entier de The Great Lost Kinks Album fut décidé et publié contre l’avis de ce dernier…une trahison publique que Ray Davies ne fera certainement pas « l’erreur » de légitimer en en autorisant une nouvelle édition.



*À certains titres, Mike Love n’était totalement à blâmer, d’autant que dans le cas Smile, on peut largement envisager son point de vue au-delà de revendications d’ordre purement égotique (…). Que celui qui a toujours écouté les versions achevées de Smile de bout en bout avec le sourire me jette la première pierre. Malgré tout le génie que j’y sens en effervescence, c’est malheureusement le tragique d’un artiste qui se noie dans son perfectionnisme que j’entends d’abord, laissant ici et là à entendre son chef-d’œuvre symphonique original, parmi un tourbillon de notes…

**Par deux fois, avec un réenregistrement intégral en 2004, voyant Brian Wilson s’entourer des Wondermints ; et en 2011 via un habile rassemblement des bandes d’époque (que je préfère personnellement)… « deux fois » qui tendent malheureusement à prouver –à mon sens- que Smile est voué à ne rester qu’une œuvre éternellement inachevée, si l’on pense que sa structure a déjà été déclinée sous au moins trois avatars différents (Smiley Smile et les deux Smile), sans compter l’éparpillement de certaines chansons sur d’autres albums.



6/ Un leadership traumatique

On l’a vu, les difficultés ne manquèrent pas de s’accumuler pour les deux leaders au fil de leur carrière…difficultés qui ne furent pas sans laisser de séquelles psychologiques chez ces esprits d’une sensibilité exacerbée. Ces séquelles, sensiblement différentes, furent gérées diversement par Ray Davies et Brian Wilson.

Deux sortes d’alcools permirent à Ray Davies d’échapper à ces névroses : l’alcool, et le travail. Dire de lui qu’il fut « workaholic » du début de la carrière des Kinks aux, disons, « mid 70’s » ne serait pas, en effet, donner dans l’exagération.

Ce travail musical, d’abord tourné vers l’extérieur, prit surtout pour socle une certaine société anglaise (…contemporaine, mais aussi idéalisée ; ironisée ; parodiée, etc.), avec une ambition d’abord artistique : c’est que Ray dissimulait, comme Brian, sa propre fragilité derrière un sens aigu de la compétition, et courait de même après un certain « graal » : être reconnu comme le compositeur du meilleur groupe du monde. Ses deux tentatives les plus absolues d’écrire un chef-d’œuvre furent pour lui de cruelles désillusions. Avec Village Green Preservation Society, il voulut écrire son album le plus vrai, ou, dirait-on aujourd’hui, le plus « sincère », comme le destinant à son « auditeur idéal ». Perfectionniste, il écrivit pour deux albums, et mit des mois à déterminer quels morceaux composeraient le résultat final, remettant sans cesse à plus tard sa copie, à laquelle il adjoignit finalement des ajouts de dernières minutes. L’album sorti ne récompensa pas ses efforts, ajoutant à sa confusion personnelle quant à ce qu’il avait ou non réussi à faire une cruelle désillusion commerciale. Sa deuxième tentative, Arthur, se voulut également révolutionnaire : après que Face To Face ait failli à devenir le premier concept album (faute à la suppression, par la maison de disques, des liens sonores supposées unir les chansons les unes aux autres) il s’agissait –en principe- du premier opera rock à atteindre les oreilles du monde, et il serait accompagné d’un support visuel, Granada TV étant engagé dans l’aventure. Malheureusement, l’album ne réalisa pas la prophétie, accusant un retard éditorial sur le Tommy des Whos, et ce après que Granada TV se soit retiré du projet, laissant Davies avec un excellent album…et un goût d’inachevé sur touts les autres plans. Rancunier envers l’industrie musicale, et le manque à gagner qu’il lui devait pour diverses raisons (…), il signa un Lola versus Powerman and the moneygoround plein de verve en 1970.

En 1973, sa femme quitta Ray Davies, probablement éreintée elle-même par la dépression de celui-ci, et les états dans lesquels elle pouvait le plonger (?) –à l’époque, cela signifiait aussi largement « être quitté par ses enfants ». C’en était trop. Lors d’un concert d’alors, avant lequel il avait bu plus que de raison, il dit au public son ras-le-bol de faire partie du show business et annonça qu’il ne faisait plus partie des Kinks avant de s’effondrer sur scène, et de se retrouver à l’hôpital pour un lavage d’estomac (l’histoire est narrée dans X-Ray).

Il est remarquable que par la suite, ses projets furent de plus en plus introspectifs, égocentriques…voire égoïstes. Ses points de vue, ses états d’âme, Ray Davies allait les mettre en scène, quitte à n’en faire qu’à sa tête, n’ayant plus cure ni de ce qu’en penserait l’industrie…ni bientôt qui que ce soit dans son entourage proche, Dave compris. Ainsi, il devint le socle de son propre travail, des idées personnelles qu’il voulut développer à travers la saga théâtralo-musicale Preservation, qui trahissait peut-être en lui l’écrivain, le politicien et l’acteur frustré, à l’aboutissement d’un processus personnel qui devait le mener à l’album le plus ouvertement mégalomaniaque -tant le voile du prénom Norman n’y faisait en fait que dévoiler Ray Davies, par transparence-, à savoir le déjanté Soap Opera (1974), dans lequel une star échange sa place avec un citoyen lambda…se retrouvant entre l’amertume de retrouver les plaisirs simples (!) et, peut-être, une complaisance perverse à envoyer le quidam à l’abattoir médiatique. Ce projet, quoique l’on puisse en penser, joua un rôle cathartique dans la carrière de Ray puisqu’il le libéra de ses vieux démons en lui permettant de faire tout ce qu’il avait retenu jusqu’alors : son malaise social de rock-star père de famille ; son ras-le-bol de l’industrie musicale ; mais aussi son désir de les exprimer en tant qu’être humain, ainsi que chanteur et…acteur, puisque l’intrigue s’incarna à la télévision, lui permettant de réaliser enfin sa marotte (mêler musique rock et théâtralité). Était-il complètement cabotin au moment d’écrire: « do you think I stand out ? Or am I just a face in the crowd ? »…je vous laisse libres d’en juger.

Dans tous les cas, s’il dit par la suite qu’il eût mieux valu l’empêcher de publier certains albums lors des années 70, c’est d’avoir oublié à quel point ils importaient alors pour lui, à quel point il en avait fait une affaire personnelle, en dehors même de la musique, et à quel point rien n’aurait pu entraver leur aboutissement. Il y avait quelque chose de nécessaire dans ces projets, bien qu’il fut peut-être le seul –avec les autres Kinks ?- à le savoir à l’époque. La critique n’y vit qu’une « self-indulgence » de surface - synonyme pour elle de médiocrité. Mais pour Ray Davies, c’étaient probablement les conditions nécessaires pour purger des années d’effervescence mentale, et faire enfin place à l’émergence d’une nouvelle vie. Un « indice » qui tendrait à confirmer cette « thèse » : dans son autobiographie fictionnelle X-Ray, Ray Davies ne cite pas une fois aucun élément de sa vie postérieur à 1975 (…).

Évoquons maintenant Brian Wilson.

Son « cas » est d’une certaine manière plus sensible. Pour commencer, il ne bénéficiait sans doute pas d’une force de résilience aussi solide…ayant subi comme ses frères la maltraitance de son père durant son enfance (qui, dit la légende, lui aurait valu sa surdité à une oreille), Brian grandit à l’instar de Davies avec la volonté d’affirmer sa force, d’être toujours plus compétitif,  pour camoufler ses fêlures…mais avec un passé qui ne lui donnait pas le droit à l’erreur.

Sa tragédie personnelle est sans doute d’avoir failli. D’avoir « presque réussi ». Quoi de plus cruel, en effet : après avoir épaté les Beatles avec Pet Sounds, il sentit l’année charnière approcher en 1967, mais ne décrocha pas la timbale. Se rendant seul en studio avec la ferme intention d’écrire un disque marquant, comme il l’avait réussi l’année précédente, et qui établirait sa supériorité dans son duel à distance avec les « Fab Four », sa « symphonie pour adolescent », Brian faillit. Il faillit, oui : mais sur tous les plans à la fois. Ce dut du moins être son sentiment…

Il put d’abord avoir le sentiment de faillir sur le plan affectif. Pour Smile, en effet, il ne bénéficia pas de l’union sacrée de ses frères, largement formée pourtant depuis l’enfance dans une résistance au père, faute de faire l’unanimité à travers ses expérimentations. Et ne voulut probablement pas trop vertement s’opposer : il y a lieu de penser que ses ceux-ci étaient ce qu’il avait de plus cher humainement parlant, et il dut trouver avantage à adopter à l’époque une position de retrait conciliant…

De là, néanmoins, une autre faillite, artistique celle-là, une frustration incommensurable : le projet ne se termina pas, toutes les attentes placées en lui, y compris par la maison de disque et le public, furent déçues. Mais surtout, IL se déçut : comment ne pas l’être, après avoir une si grande ambition ; un si grand perfectionnisme ?

Par un effet étrange de l’intériorisation, ce qui devait être un violent choc à l’intérieur se traduisit, à l’extérieur, par l’image de cet homme brisé en silence, car fissuré dans ce qu’il avait de plus cher. « A broken man too tough to cry », écrivit Van Dyke Parks dans Surf’s Up. L’image d’une mélancolie profonde et insonsable que paraît contenir à lui seul, quand le chante Brian Wilson, cet autre vers de cette même chanson, sibyllin: « columnated ruins domino ». Par abstraction peut-être, la dépression sembla vider la tête du compositeur. Des années. Voire plusieurs décennies. Les premières années, il s’effaça sous les traits d’un gros bonhomme barbu, que ne suffisaient à remplir ni l’alcool, ni la drogue, ni la suralimentation ; car Brian Wilson restait éperdument vide de Smile, éperdument vide de 1967, éperdument vide d’une autre forme de gloire encore, imaginée au point d’être effleurée. Il n’avait pas cette personnalité que l’on pourrait dire « égomaniaque », mais parfois salvatrice, à la Ray Davies, qui lui auraient permis d’exprimer ses problèmes sur le devant, à travers son art, et se libérer. Il lâcha la bride…émergeant de temps à autre avec une nouvelle perle, toujours anachronique ; d’un monde qui contient sa propre idée de la beauté.

On dit qu’une étape importante de sa –tardive- convalescence fut notamment son mariage avec son actuelle femme, en 1993. On dit aussi que la tout aussi tardive publication de Smile, par deux fois, l’a réconcilié avec lui-même. Mais qui ne voit pas encore dans le regard de cet homme, qui a également perdu deux de ses chers frères, l’homme brisé qu’il a été une longue partie de sa vie ?...Quoiqu’il en soit vraiment, Brian Wilson mériterait bien lui aussi, et enfin, une nouvelle vie plus heureuse.



7/ Un frère précoce

 

Les « frères » Dennis Wilson (pour Brian) et Dave Davies (pour Ray) partagent un point commun : une précoce velléité de solistes au sein de leur groupe. Légitime, à mon humble avis, tant leur talent de compositeur respectif est réel…quoique mieux mis en valeur au sein d’un collectif (!). Ironie des seconds rôles…

Le premier a bien su mener sa barque : si l’on en croit l’article consacré sur Wikipédia, il a dès 1970 maturé son premier album solo, Pacific Blue Ocean, pour le mijoter longuement avant de le sortir sept ans plus tard…soit avant tous les autres Beach Boys –et, notamment, onze ans avant Brian Wilson-. Un album plus qu’honnête, dont je ne saurais trop encourager l’écoute, à tout hasard, de Rainbow, Thoughts of you, Pacific Ocean Blue et surtout Farewell my Friends ; touchante « ballade d’adieu », qui fut apparemment jouée aux funérailles du plus écorché vif et du plus…surfeur des Beach Boys (puisque seul d’entre eux à avoir en fait touché une planche de surf !).

Pour Dave Davies, la chose fut faite en deux temps, avec un premier projet avorté qu’avait favorisé par sa maison de disque –dont j’ai largement fait l’écho à travers une chronique sous le titre « the album that never was »- puis une seconde tentative, elle, fructueuse, en 1980, sobrement intitulée Dave Davies, qui sortit elle aussi avant toute autre excursion solo d’un quelconque autre Kink, et quatre ans avant Ray Davies…et dont je ne dirais rien pour ne pas l’avoir entendue.

Écorché vif –…et fêtard !-, Dave le fut également…mais s’il était une autre comparaison à faire entre les deux « frères », permettez moi de la rendre musicale : c’est peut-être entièrement subjectif de ma part, mais je ne peux m’empêcher de ressentir un je-ne-sais quoi de mélancolique dans l’apport de l’un comme de l’autre dans chacun de leur groupe respectif.

Quoiqu’il en soit, le rôle qu’ils y jouèrent tous deux fut et demeure probablement encore largement sous-estimé. C’est sans doute encore plus vrai pour Dennis Wilson d’ailleurs qui, en 1977, sut, seul, ne pas faire pâle figure auprès d’un album qui signa pourtant un petit retour en grâce des Beach Boys : Love You.



8/ Grâce & disgrâce

Les deux groupes ont connu une courbe à peu près similaire : une carrière qui s’envole des années 63 à 66 environ, avec une identité sonore bien caractéristique ; une créativité débridée quoique « lucrative » de 66 à 72 environ, puis un relatif déclin…voire une dégringolade, selon les sensibilités.

Dans un cas comme dans l’autre, un disque charnière incarne LA grâce, le pinacle discographique : « l’album vert », comme on pourrait le surnommer, qui fut Village Green Preservation Society (1968) pour les Kinks, et Pet Sounds (1966) pour les Beach Boys…pour des fortunes diverses : si Pet Sounds fut reconnu en son temps par la critique (déjà moins par le public) en tant que disque révolutionnaire, et rétrospectivement précurseur de Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band, Village Green Preservation Society, bien que favorablement accueilli par ses chroniqueurs, ne connut lui la reconnaissance publique que sur le tard, demeurant quasi anonyme en son temps. Ces deux albums connurent une descendance plus qu’honnête, bien que relativement méconnue, jusqu’en 1972 avec Everybody’s in Showbiz pour les uns, et Carl and the passion –so tough ou Holland (1973) pour les autres…où « grâce artistique » ne rime pas avec « grâce commerciale ».

S’agissant des disgrâces, si elles demeurent subjectives, elles n’en existent pas moins pour n’importe quel auditeur 70’s de ces deux groupes, et en nombre. Mes personnelles : Preservation Act 2 (1974) et Schoolboys In Disgrace (1975) (!) pour nos amis anglais, et 15 Big Ones (1976) et L.A. (1979) côté américain. Une médiocrité aux airs de démystification pour des groupes normalement d’une toute autre dimension…

De manière analogue, une forme de retour en grâce émergea à la fin de cette décennie, avec par exemple Misfits (1978) côté Kinks, et Love You (1977) Beach Boys.



9/ L’art du « classique intime »

 

Si les deux groupes n’ont pas donné lieu qu’à des chefs-d’œuvre –que l’on parle de chansons ou d’albums-, ils sont en revanche nantis d’un nombre incalculable de « perles ». Vous savez : ces titres qui se trouvent quelque part entre l’évidente beauté d’un classique, et la justesse presque trop étroite d’une intimité, et qui donnent lorsqu’on les écoute le sentiment d’être le premier à les avoir découverts. Ce don pour le « classique intime » est à mon goût tout à fait propre à ces deux groupes, dont certaines des plus belles mélodies ont traversé leur époque avec une discrétion improbable. Ce fut d’ailleurs particulièrement le cas durant la période « commercialement difficile » préalablement décrite.



1967

 

Two Sisters (Something Else)

 

 


I’d love just once to see you (Wild honey)

 

 


1968

 

Mr. Songbird (Village Green Preservation Society –version européenne-)

 

 


Little Bird (Friends)

 



1969

 

Drivin’(Arthur, or the decline and fall of the british empire)

 

 


Time To Get Alone (20/20)

 



1970

 

This Time Tomorrow (Lola versus Powerman and the moneygoround)

 

 

 

This whole world (Sunflower)

 



1971

 

Oklahoma USA

 

 

 

A day in the life of a tree

 

 



1972

Sitting In My Hotel (Everybody’s In Showbiz)

 

 

 

Cuddle Up (Carl and the Passion –So Tough)

 

 

 

10/ Un « déficit d’image » (!)

À la mode, « tendance », les deux groupes ne l’ont jamais vraiment été, ou n’ont jamais vraiment su le paraître. Pour être lapidaire –et cruels-, on pourrait dire : « c’est plus fort qu’eux, mais ils sont kitsch ! ». Leurs maison de disques et label respectifs*, d’ailleurs, n’ont jamais paru savoir comment les « marketer » exactement ; ou, plus simplement, comment les rendre attirants d’un premier abord. Les Beach Boys l’auraient-ils très bien compris, qui ne publient -à ma connaissance- que des best-of ne les représentant pas ?...

Parce que ce point est superficiel, rien ne le défendra mieux que des images…voyez (si je ne parviens toujours pas à les télécharger !) les pochettes des albums Preservation Act 2 (1974) et de Sunflower (1971) pour vous en convaincre : leur représentation ni leurs artworks ne furent les meilleurs atouts des Kinks comme des Beach Boys…



*À noter pour l’anecdote que les deux groupes partagèrent l’affiche du label américain Reprise, de 1969 à 1971, soit avant que la publication de Percy ne soit refusée aux Kinks par celui-ci sur le marché transatlantique, et que ces derniers ne se tournent vers d’autres cieux. Les Beach Boys, eux, poursuivirent leur bail jusqu’en 1978.



One for the road…

 

Et c’est terminé ! J’espère que cet article vous a plu. Pour ma part, cela faisait un moment que des analogies entre les deux groupes me colonisaient la tête, et je suis heureux qu’elles en soient sorties. On pourrait toujours gloser de l’article négatif à tirer de celui-ci (les Beach Boys se sont reformés, pas les Kinks ; Dennis Wilson est batteur, contrairement à Dave qui est guitariste…) : je n’entendais pas prouver qu’un groupe était égal à l’autre. Ce que l’on goûte, c’est toujours la différence : or je crois aimer ces groupes autant l’un que l’autre. Une telle « démarche » contient toujours sa part d’artificialité : c’est le jeu. Maintenant, relisez l’article de fond en comble…Ah, ah !

En guise d’anecdote finale, j’aimerais vous dire qu’avant de me consacrer exclusivement aux Kinks, j’avais simplement songé mener un blog de chroniques musicales. Un premier article en était écrit (l’actuelle « Kronique » d’Arthur, qui doit être remaniée), et le brouillon du second prêt…il s’agissait de Smile (2004). J’en viens à penser que certaines choses sont écrites…

Au plaisir !

 

 

P.S. Après avoir écrit environ un tiers de cette chronique, je me suis posé la question légitime –quoique tardive…- de la réelle originalité de celle-ci. (Il me paraissait improbable et même narcissique de me croire seul blogueur à traiter du sujet…). En fait, un anglophone a eu exactement la même idée il y a environ un an. J’ai été amusé de retrouver là certaines similarités avec ma propre copie, mais ai également été inspiré par le rappel qui y est fait de l’épisode de Ray « quittant les Kinks » en 1973, au beau milieu d’un concert, comme de celui du contexte post-Pepper. 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des%20%C3%A9diteurs%20qui%20furent%20certes%20soucieux%20de%20leurs%20propres%20int%C3%A9r%C3%AAts,%20mais%20si%20souvent%20au%20d%C3%A9triment%20de%20l%E2%80%99int%C3%A9grit%C3%A9%20artistique%20de%20l%E2%80%99%C5%93uvre%20de%20leur%20auteur%20(-compositeur-interpr%C3%A8te),%20puisque%20le%20%C2%AB%20concept%20%C2%BB%20(%C3%A9conomique%20!)%20entier%20de%20The%20Great%20Lost%20Kinks%20Album%20fut%20d%C3%A9cid%C3%A9%20et%20publi%C3%A9%20contre%20l%E2%80%99avis%20de%20ce%20dernier%E2%80%A6une%20trahison%20publique%20que%20Ray%20Davies%20ne%20fera%20certainement%20pas%20%C2%AB%20l%E2%80%99erreur%20%C2%BB%20de%20l%C3%A9gitimer%20en%20en%20autorisant%20une%20nouvelle%20%C3%A9dition.%20*%C3%80%20certains%20titres,%20Mike%20Love%20n%E2%80%99%C3%A9tait%20totalement%20%C3%A0%20bl%C3%A2mer,%20d%E2%80%99autant%20que%20dans%20le%20cas%20Smile,%20on%20peut%20largement%20envisager%20son%20point%20de%20vue%20au-del%C3%A0%20de%20revendications%20d%E2%80%99ordre%20purement%20%C3%A9gotique%20(%E2%80%A6).%20Que%20celui%20qui%20a%20toujours%20%C3%A9cout%C3%A9%20les%20versions%20achev%C3%A9es%20de%20Smile%20de%20bout%20en%20bout%20avec%20le%20sourire%20me%20jette%20la%20premi%C3%A8re%20pierre.%20Malgr%C3%A9%20tout%20le%20g%C3%A9nie%20que%20j%E2%80%99y%20sens%20en%20effervescence,%20c%E2%80%99est%20malheureusement%20le%20tragique%20d%E2%80%99un%20artiste%20qui%20se%20noie%20dans%20son%20perfectionnisme%20que%20j%E2%80%99entends%20d%E2%80%99abord,%20laissant%20ici%20et%20l%C3%A0%20%C3%A0%20entendre%20son%20chef-d%E2%80%99%C5%93uvre%20symphonique%20original,%20parmi%20un%20tourbillon%20de%20notes%E2%80%A6%20**Par%20deux%20fois,%20avec%20un%20r%C3%A9enregistrement%20int%C3%A9gral%20en%202004,%20voyant%20Brian%20Wilson%20s%E2%80%99entourer%20des%20Wondermints%20;%20et%20en%202011%20via%20un%20habile%20rassemblement%20des%20bandes%20d%E2%80%99%C3%A9poque%20(que%20je%20pr%C3%A9f%C3%A8re%20personnellement)%E2%80%A6%20%C2%AB%20deux%20fois%20%C2%BB%20qui%20tendent%20malheureusement%20%C3%A0%20prouver%20%E2%80%93%C3%A0%20mon%20sens-%20que%20Smile%20est%20vou%C3%A9%20%C3%A0%20ne%20rester%20qu%E2%80%99une%20%C5%93uvre%20%C3%A9ternellement%20inachev%C3%A9e,%20si%20l%E2%80%99on%20pense%20que%20sa%20structure%20a%20d%C3%A9j%C3%A0%20%C3%A9t%C3%A9%20d%C3%A9clin%C3%A9e%20sous%20au%20moins%20trois%20avatars%20diff%C3%A9rents%20(Smiley%20Smile%20et%20les%20deux%20Smile),%20sans%20compter%20l%E2%80%99%C3%A9parpillement%20de%20certaines%20chansons%20sur%20d%E2%80%99autres%20albums.%206/%20Un%20leadership%20traumatique%20On%20l%E2%80%99a%20vu,%20les%20difficult%C3%A9s%20ne%20manqu%C3%A8rent%20pas%20de%20s%E2%80%99accumuler%20pour%20les%20deux%20leaders%20au%20fil%20de%20leur%20carri%C3%A8re%E2%80%A6difficult%C3%A9s%20qui%20ne%20furent%20pas%20sans%20laisser%20de%20s%C3%A9quelles%20psychologiques%20chez%20ces%20esprits%20d%E2%80%99une%20sensibilit%C3%A9%20exacerb%C3%A9e.%20Ces%20s%C3%A9quelles,%20sensiblement%20diff%C3%A9rentes,%20furent%20g%C3%A9r%C3%A9es%20diversement%20par%20Ray%20Davies%20et%20Brian%20Wilson.%20Deux%20sortes%20d%E2%80%99alcools%20permirent%20%C3%A0%20Ray%20Davies%20d%E2%80%99%C3%A9chapper%20%C3%A0%20ces%20n%C3%A9vroses%20:%20l%E2%80%99alcool,%20et%20le%20travail.%20Dire%20de%20lui%20qu%E2%80%99il%20fut%20%C2%AB%20workaholic%20%C2%BB%20du%20d%C3%A9but%20de%20la%20carri%C3%A8re%20des%20Kinks%20aux,%20disons,%20%C2%AB%20mid%2070%E2%80%99s%20%C2%BB%20ne%20serait%20pas,%20en%20effet,%20donner%20dans%20l%E2%80%99exag%C3%A9ration.%20Ce%20travail%20musical,%20d%E2%80%99abord%20tourn%C3%A9%20vers%20l%E2%80%99ext%C3%A9rieur,%20prit%20surtout%20pour%20socle%20une%20certaine%20soci%C3%A9t%C3%A9%20anglaise%20(%E2%80%A6contemporaine,%20mais%20aussi%20id%C3%A9alis%C3%A9e%20;%20ironis%C3%A9e%20;%20parodi%C3%A9e,%20etc.),%20avec%20une%20ambition%20d%E2%80%99abord%20artistique%20:%20c%E2%80%99est%20que%20Ray%20dissimulait,%20comme%20Brian,%20sa%20propre%20fragilit%C3%A9%20derri%C3%A8re%20un%20sens%20aigu%20de%20la%20comp%C3%A9tition,%20et%20courait%20de%20m%C3%AAme%20apr%C3%A8s%20un%20certain%20%C2%AB%20graal%20%C2%BB%20:%20%C3%AAtre%20reconnu%20comme%20le%20compositeur%20du%20meilleur%20groupe%20du%20monde.%20Ses%20deux%20tentatives%20les%20plus%20absolues%20d%E2%80%99%C3%A9crire%20un%20chef-d%E2%80%99%C5%93uvre%20furent%20pour%20lui%20de%20cruelles%20d%C3%A9sillusions.%20Avec%20Village%20Green%20Preservation%20Society,%20il%20voulut%20%C3%A9crire%20son%20album%20le%20plus%20vrai,%20ou,%20dirait-on%20aujourd%E2%80%99hui,%20le%20plus%20%C2%AB%20sinc%C3%A8re%20%C2%BB,%20comme%20le%20destinant%20%C3%A0%20son%20%C2%AB%20auditeur%20id%C3%A9al%20%C2%BB.%20Perfectionniste,%20il%20%C3%A9crivit%20pour%20deux%20albums,%20et%20mit%20des%20mois%20%C3%A0%20d%C3%A9terminer%20quels%20morceaux%20composeraient%20le%20r%C3%A9sultat%20final,%20remettant%20sans%20cesse%20%C3%A0%20plus%20tard%20sa%20copie,%20%C3%A0%20laquelle%20il%20adjoignit%20finalement%20des%20ajouts%20de%20derni%C3%A8res%20minutes.%20L%E2%80%99album%20sorti%20ne%20r%C3%A9compensa%20pas%20ses%20eff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vous vous convaincrez mieux par vous-même de l’intérêt de cette lecture.


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Djer 22/05/2014 00:04

Excellent (et instructif) parallèle! On pourrait étendre la réflexion avec le cas Syd Barrett, génial leader des Pink Floyd à leurs débuts, puis qui se désintégra (sans rémissions par contre) sous
la pression; que le reste du groupe vira pour survivre, sans une certaine culpabilité qui dura des années (Wish You Were Here, etc.). On retrouve albums perdus, leadership écransant... ok ok,
j'extrapole beaucoup^^