Chronique Kinks : Lincoln County, ou The Album That Never Was ( 1968 )

Publié le par Dimitri Dequidt

Introduction

"Does anybody know my name?"

Dave Davies



Ceux qui ont l’habitude de fréquenter ce blog savent que j’ai horreur des brebis égarées ; parlant des Kinks, ça voudrait dire quelque chose comme ne pas évoquer des chansons dans un article parce qu’elles ne rentrent pas dans la ligne éditoriale choisie, comme ce fut plusieurs fois le cas sur les articles s’articulant autour de The Great Lost Kinks Album.

Ici, il s’agit d’évoquer l’album solo prématurément arrêté de Dave Davies, qui aurait du sortir, à l’instar de l’hypothétique album solo de Ray Davies, aux alentours de 1967/68. Ma chronique s’articule autour d’informations concrètes puisque cet album, contenant douze chansons, a matériellement existé et a été sur le point d’être publié en 1969.

Ceux qui s’intéressent à la génèse de cet album peuvent s’en remettre à mon article en quête du Great Lost Kinks Album.


Pourquoi la sortie de l’album a-t-elle été annulée ?


…Je peux être lapidaire : avant tout, parce que le choix de publier un album solo de Dave Davies était celui de la maison de disque, qui voulait surfer sur le succès du single Death Of A Clown. C’était aussi le choix de Ray Davies qui, indirectement, voulait braquer les projecteurs sur quelqu’un d’autre le temps de parfaire ses propres projets. Mais Dave Davies n’avait jamais vraiment eu l’intention de sortir un album solo : « Mon cœur n’y était pas vraiment », dit-il, «  parce que je sentais que je me sentais poussé à le faire et je n’aime pas être poussé à faire des choses ». Tout fut cependant mis en place pour qu’il tienne un rôle solo important. Par lui-même compris.

En 1968, Dave Davies avait 21 ans : il était majeur, et c’est ainsi qu’il forma sa propre compagnie d’édition, Dabe Music, dont les papiers furent remplis par l’expert comptable des Kinks le lundi 25 mars 1968, et l’existence officielle le 23 Avril. Elle était rattachée à Carlin Music dans un premier temps, la même compagnie qui tenait les affaires de la compagnie de Ray, Davray. Un tel acte symbolise clairement une forme de prise d'indépendance intellectuelle.



Pye, le label des Kinks, n’eut pour sa part de cesse de tester la popularité de son poulain en vue d’en publier plus tard l’album solo. Ainsi, le single Susannah’s Still Alive / Funny Face succéda d’abord honorablement au ras-de-marée Death Of A Clown, atteignant la 21ème place des charts. : les trois chansons se retrouveraient sur l’album Something Else. Puis sortirait le 30 Août 1968  le single Lincoln County / There Is No Life Without Love, dont la sortie fut plusieurs fois repoussée, dans l’attente que l’autre single, Days / She’s Got Everything, s’éloigne du sommet des charts…et, comme souvent avec les Kinks, ce fut un bide commercial en dépit d’une bonne réception critique. Le 17 Janvier 1969, un nouveau single, le dernier, parut encore : Hold My Hand / Creeping Jean. Il passa inaperçu, malgré un certain succès en Allemagne, et hormis les collectionneurs…

Ce nouvel échec parut mettre un coup d’estoc à Dave Davie, dont le manque d’enthousiasme ne pouvait qu’être encouragé par un tel manque de succès.

Quant à savoir s’il n’eut pas préféré n’enregistrer qu’un ou deux singles et en rester là, il confia à Dave Shulps pour Trouser Press, en Août 1980, n’en savoir rien : « je sais que ça paraît étrange », dit-il, « mais je n’y ai jamais pensé ».

Il était non seulement peut porté vers l’entreprise, mais, de surcroit, peu convaincu par ce qu’il enregistrait. Quand il ne trouvait pas les morceaux foutraques, c’était la cohérence de la production qu’il remettait en question. Il confia d’ailleurs encore Dave Shulps qu’il jugeait que « ce n’était pas vraiment produit. C’était juste fait d’une manière ou d’une autre. Ray aidait à obtenir les véritables accompagnements ( les cordes et / ou les cuivres sur plusieurs morceaux ), dont nous pensions à l’époque qu’ils étaient nécessaires ». Le « dont nous pensions qu’ils étaient nécessaire » est important. Car il dit, lorsqu’il réentendit le jusqu’alors inédit Groovy Movies en 1973, au biais de la publication du Great Lost Kinks Album dont il était très mécontent, qu’« avec tous ces cuivres dessus, je l’ai détesté. Il me paraissait étranger : je ne le connaissais pas » ; les cuivres avaient justement été ajoutés lors d’une dernière session pour finaliser cette chanson…Le Great Lost Kinks Album exhumait alors également deux autres chansons destinées à son album solo, There Is No Live Without Love et This Man He Weeps Tonight.

Quand le mercredi 2 Juillet 1969, Ray Davies remit la bande des douze chansons stéréo de l’album à Reprise, le label américain, sous le titre « Lincoln County », il n’est guère étonnant que Dave Davies grinçât des dents. Non seulement cette décision fut prise sans son assentiment, mais en sus, il n’avait que peu de considération pour cet ensemble de chansons aux origines diverses : certaines étaient des singles enregistrés avec le groupe et estampillées Dave solo ; d’autres étaient initialement destinée à des albums des Kinks ( dont Mr Reporter, destiné à Face To Face, et Mindless Child Of Motherhood, destiné à Lola Versus Powerman And The Moneygoround avant d’apparaître en face B de Lola et sur la compilation Kinks Kronikles ) ; aucune n’était produite par un producteur attitré à l’album, mais toutes les frères Davies se débrouillant entre eux du studio Polydor aux studios 1 et 2 de Pye ; enfin, et c’est le plus important, toutes n’étaient pas également avancées, des démos améliorées côtoyant des productions plus sophistiquées. L’album ainsi livré était loin de résulter de choix artistiques de Dave Davies, et moins encore d’avoir sa couleur propre, unique : chose impensable notamment depuis le choc du 33T Sgt Pepper.


Surnommé "Lincoln County" par Ray, il devint un mythe chez les fans sous le nom The Album That Never Was, à travers de nombreux bootlegs dont beaucoup extrapolent une liste de chansons allant bien au-delà des douze de départ, piochant notamment Death Of The Clown, Susannah’s Still Alive et Funny Face de l’album Something Else. L'album dormit pendant 30 ans jusqu'à ce que Dave concède une sortie au successeur de Pye, Sanctuary Record, qui fit mastériser celui-ci en Décembre 2001. La sortie, prévue un temps en 2002, a comme souvent avec les Kinks laissé place au mystère total...

Dave ne dut néanmoins pas attendre si longtemps avant de sortir son premier album solo, et sans s'y sentir le moins du monde poussé cette fois, puisqu'il sortirait l'album Dave Davies en 1980, et allait même s'y réatteler à deux reprises cette décennie-là, publiant Glamour en 1981 et Chosen People en 1983. Il lui fallut près de 20 ans pour s'y remettre puisqu'il sortit Bug en 2002, et Fractured Mindz, sa dernière parution, en 2007.

L’album par ordre d’enregistrement des chansons

01)    Lincoln County

Enregistrement : vraisemblablement en mars 1968

Sortie : single Lincoln County / There Is No Life Without Love le vendredi 30 Août 1968 ; réédition 1998 Something Else

17 / 20

 



« Une chose positive qui m’est arrivé durant cette période, la sortie de mon troisième single, Lincoln County. La chanson était inspirée d’Eddie Cochran et Leadbelly, et j’ai aussi découvert que Lincoln County était l’endroit où Jessie James avait vécu et où il avait été emprisonné », Dave Davies, Kink.

A mon humble avis, Lincoln County est le chef d’œuvre de Dave Davies en cette décennie 1960, ce qui veut dire beaucoup. Elle porte un charme particulier que n’ont aucune autre des Kinks, est inclassable, à l’instar d’une Wicked Anabella par exemple. S’ils en avaient produit en série, la firme se serait rapidement essoufflée ; mais un Lincoln County, comme ça, tout seul au milieu d’une discographie, dénote je trouve comme une touche originale et personnelle dans leur discographie. Pour ma part, j’ai un faible irrésistible pour l’orgue de barbarie et les parties de violon ; un je-ne-sais quoi les unit à merveille avec la fragilité du chant de Dave Davies, tant pour son interprétation que pour sa manière un peu instable de se caser sur le rythme. « C’était super », dit d’ailleurs de cette session le guitariste, « – un violoniste extra -. Je me souviens du groupe enjôlant le mec pour qu’il le fasse et il l’a bien fait dès la première prise. Je ne me rappelle plus son nom, par contre ».

Comme un grand nombre de ses chansons à cette époque, la chanson relate une anecdote relative à la petite Sue, dont il très était amoureux et qui indirectement provoqua son expulsion de l’école pour une affaire de mœurs publique (…), et d’avec laquelle il fut séparée au biais d’une « conspiration » de leurs parents respectifs. Il raconte le lien biographique de cette chanson dans son livre, Kink :

« (…) l’idée principale était basée sur une expérience que j’avais vécu avec Sue et ma mère tôt dans notre relation. C’était l’anniversaire de Sue et j’ai fait les magasins de Muswell Hill pour lui chercher un cadeau. Dans une petite boutique j’ai trouvé cette petite écharpe violacée et je lui ai achetée. La femme a emballé l’écharpe dans un emballage marron et j’ai retardé mon retour à la maison. En marchant, je commençais à avoir des doutes : est-ce qu’elle l’aimerait ou pas ? En apparence j’étais très effronté et arrogant mais au fond j’étais terriblement timide et peu rassuré. J’ai commencé à m’inquiéter qu’elle n’aime pas du tout, et j’ai caché le paquet entre plusieurs briques d’un trou dans un mur. Plus tard ce jour-là ma mère est rentrée des magasins, a mis ses commissions sur la table de la cuisine et a sorti exactement le même sac, avec cette écharpe violacée à l’intérieur. (…) Elle a sorti l’écharpe pour que tout le monde la voit et l’a mise autour de son cou avec délice. J’étais dans un tel embarras que je n’ai rien pu dire. Je n’ai plus acheté d’autre cadeau d’anniversaire pour Sue cette année-là et, en fait, j’ai toujours eu des difficultés à acheter des cadeaux après ça ».

Bien entendu, dans la chanson, l’histoire de l’écharpe est camouflée sous d’autres vêtements…

Musicalement parlant, je vous laisse vous faire votre opinion, puisque je joins systématiquement les vidéos des chansons pour les chroniques s’attelant à des chansons rares, mais voici ce qu’en dit la critique de l’époque :

* Le NME : « je pense définitivement que plus on écoute les passages à l’orgue de barbarie au début, plus on les aime, et sa voix a cette sorte de truculence qui est très séduisante. Peut-être un peu compliqué, mais quoiqu’il en soit un bon morceau ».

* Disc & Music Echo : « Un très joli son, inhabituel, que seul Dave peut obtenir, et un hit ».

* Le Melody Maker : « cette fois légèrement fausse donne à Dave un style très personnel. Je pense que la chanson va marcher si elle obtient assez de diffusions ».

02)    There Is No Life Without Love

Enregistrement : vraisemblablement en mars 1968

Sortie : single Lincoln County / There Is No Life Without Love le vendredi 30 Août 1968 au Royaume Uni ; réédition 1998 Something Else

Anecdote : Nicky Hopkins interpréterait le clavecin.

15 / 20

 

Indiscutablement, There Is No Life Without Love, quand bien même elle pourrait sembler révéler un léger investissement, figure parmi les meilleures chansons de Dave Davies. Pourquoi ? Tout simplement parce que le cadet des frères ne semble pasticher personne ici, plus sensiblement encore, l’on sent que ce n’est pas l’aîné qui a composé la chanson. Comme pour Lincoln Country, sa face A, une sorte de raffinement personnel ressort de ce titre : et c’est la signature de Dave Davies.

Défauts traditionnels cependant : une certaine inconsistance ( plutôt de la mièvrerie dans ce cas précis ) se dégage des paroles, comme souvent un peu négligées de la part du guitariste, mais ce n’est pas le plus important…on peut surtout déplorer la circularité de la chanson, typique de Dave Davies dont le seul véritable obstacle en tant que compositeur est de trouver la modulation géniale qui surprendrait l’auditeur, qui apporterait une réelle plus value à ses idées.

03)    Hold My Hand

Enregistrement ( Polydor Studio ) : vendredi 20 Décembre 1968

Sortie : single Hold My Hand / Creeping Jean le vendredi 17 Janvier 1969 au Royaume Uni ; Anthology Unfinished Business

11 / 20



« Après Lincoln County j’ai enregistré plusieurs démos solo en Décembre, mais je n’en étais pas très content. L’une d’entre elle était Hold My Hand, que nous avons enregistrée en tant que single. Elle est sortie en Janvier 1969 et bien qu’elle n’ait fait qu’il ait peu ou pas du tout marché dans les ventes ni dans les charts anglais,  j’ai eu un peu de succès avec elle en Allemagne, et mon apparition live était programmée pour Beat Club, une émission télé allemande populaire. Je ne voulais pas vraiment y aller, car j’étais complètement déprimé par le manque de succès du disque. Cependant, je suis parti pour l’Allemagne ma guitare en main, accompagné par un ami à moi qui était lui-même chanteur (…) », Dave Davies dans son livre Kink.

Hold My Hand, avec ses très jumelles Do You Wish To Be A Man et Crying, destinées au prochain album, mais aussi Creeping Jean, sa face B, a été enregistrée aux Polydor Studios plutôt qu’à Pye : vraisemblablement parce que ces studios à 4 pistes sont moins chers (…). Ray a produit ces quatre chansons, épaulé de l’ex ingénieur de Pye et des Kinks Alan MacKenzie. Dave n’aimant pas ces studios, les enregistrements ultérieurs quant à son album solo furent remis pour le début de l’année 1969.

La chanson ne manque pas de charme : elle est bien introduite par de belles lignes à la guitare, ainsi qu’un premier couplet plutôt convainquant que le contraire,…seulement, elle semble s’écrouler complètement quand arrive le refrain. S’il est une chose qui me paraît constante chez Dave, c’est une certaine difficulté à trouver une continuité musicale qui soit à la fois intéressante et non répétitive. Encore une fois, il semble avoir résolu le nœud, bouclé la chanson, mais c’est mélodiquement que quelque chose manque…

En fait, ce qui m’a le plus surpris à la première écoute, c’est l’apparition du motif musical de la chanson Village Green Preservation Society à la 44ème seconde ! (…pour ceux qui se poseraient la question, c’est bien Hold My Hand qui recycle l’autre puisque la chanson titre de « l’album vert » a été enregistrée le  lundi 12 Aout 1968 ).

Qu’en a pensé la critique ?…

* Le Record Mirror : « une bonne chanson interprétée de cette façon puissante et trainante à lui, tout en notes glissées et en effronterie délibérée sur le rythme de base ».

* Le NME : « bravo à la production du frère Ray » ( !)

 

Note : la version figurant ici en vidéo n'est pas celle chroniquée, qui était plus dynamique.

04)    Creeping Jean

Enregistrement ( Polydor Studio ) : vendredi 20 Décembre 1968

Sortie : single Hold My Hand / Creeping Jean le vendredi 17 Janvier 1969 au Royaume Uni ; Anthology Unfinished Business

14 / 20



Creeping Jean est une chanson qui tient la route. Aussi Davedaviesienne que les précédentes, l’imprévisibilité en plus, elle gagne à être réentendue.

Elle déteint positivement sur les trois autres chansons enregistrées au même moment dans le sens où elle se distingue nettement, avec la présence de ses entrelacements de guitare électriques, sa polyphonie légèrement dissonante - notamment sur les couplets  -, et son refrain un tantinet hypnotique. Peut-être est-ce d’ailleurs sa réussite majeure comparée à Hold My Hand : son refrain surprend ses couplets et les surpasse.

A mon humble avis, elle eut du apparaître en Face A de ce single…à moins que cette même marginalité l’en ait éloignée.

Un peu trop brouillonne et trop peu assurée cependant pour remporter plus d’estime encore.

05)    Do You Wish To Be A Man

Enregistrement ( Polydor Studio ) : vendredi 20 Décembre 1968

Sortie : pas de publication officielle. Apparaît sur la compilation The Kinks Rare Anthology Vol.2

13,5 / 20


Quelqu’un ( le dénommé Franckie ! ) m’a fait remarquer par commentaire que cette chanson sonnait un peu Byrds, période Easy Rider…ne connaissant rien ou presque du groupe, je ne peux pas dire, mais il est vrai que la présente chanson, comme Hold My Hand, a une identité sonore très particulière, très éthérée, mélange de guitare acoustique, de quelque chose d’un peu trainant sinon de mélancolique dans la voix, que souligne même ici la présence d’un harmonica, et même l’auto doublage un rien fantomatique du refrain, quelques tonalités au-dessus…

La chanson ne déroge pas à l’écueil habituel, à savoir une certaine répétitivité, mais c’est cette fois un peu moins patent. Autre bon point : elle fonctionne dans son registre, à savoir qu’on est en empathie avec le chanteur, et qu’on prend un certain plaisir à l’accompagner. J’aime Do You Wish To Be A Man de pas trop mal à beaucoup ; bien qu’il ne s’agisse pas des meilleures chansons de Dave.

06)    I’m Crying

Enregistrement ( Polydor Studio ) : vendredi 20 Décembre 1968

Sortie : pas de publication officielle. Apparaît sur la compilation The Kinks Rare Anthology Vol.2

14 / 20

 

Belle version stéréo ici d’une chanson de Dave plus connue en tant que démo crachoteuse sur plusieurs bootlegs du Great Lost Kinks Album, et que l’on ne trouve que sur The Kinks Rare Anthology volume 2. Ceux qui ont entendu la démo pourront penser qu’une partie de la spontanéité y est restée. Sans doute : c’est d’ailleurs l’unique réel avantage des démos.

Pour le reste, la complainte poussée par Dave est suffisamment sincère et est exprimée avec suffisamment d’émotion et de vertueuse indignation pour faire vibrer les cordes sensibles ; ma note, légèrement supérieure, récompense justement la conviction de cette interprétation qui, quoiqu’on en dise, est un critère prépondérant pour déterminer la qualité d’une chanson…même quand il s’agit de rehausser la valeur d’un morceau qui, sinon, n’est pas extraordinaire.

On reconnaît bien la similarité avec Hold My Hand, Are You Ready et Do You Wish To Be A Man, laissant à penser que les trois ont été composées aussi bien qu’enregistrées à la même période.

A noter : l’intelligence des chœurs.

Remarque : traduction des paroles accessible ici ( un nouvel onglet s’ouvrira dans votre navigateur ).

07)    Are You Ready

Enregistrement ( Pye Studio 1 ) : vraisemblablement le mercredi 8 Janvier 1969

Sortie : pas de publication officielle. Apparaît sur la compilation The Kinks Rare Anthology Vol.2

07/ 20

 

Are You Ready sacre la première utilisation du huit pistes que vient d’acquérir Pye par les Kinks, pour la reprise du travail solo de Dave en ce début d’année 1969.

Peu de compléments à apporter par rapport aux morceaux précédents, de la même veine, sinon qu’il est l’apport le plus faible de l’album : lent, mélodiquement faible, où l’amertume se confine à de la pesanteur…Dave Davies savait lui-même qu’il était capable de bien mieux, comme il l’a prouvé avec des titres tels que Lincoln Country, You Don’t Know My Name ou plus tard Trust Your Heart.

Je m’empresse de préciser qu’il n’a jamais été publié officiellement par le guitariste, qui n’a sans doute jamais eu beaucoup plus d’affection que moi pour cette chanson, hormis le fait qu’elle soit la sienne.

08)    Mr Shoemaker’s Daughter

Enregistrement ( Pye Studio 1 ) : vraisemblablement le mercredi 8 Janvier 1969

Sortie : réédition 1998 Arthur

14,5 / 20

 



Doit-on parler des Kinks ou de Dave Davies étant donné la diversité des musiciens qui semble à l’œuvre ici ?…

Mieux charpentée que les chansons précédentes sur le présent album, Mr Shoemaker’s Daughter part en tous cas déjà avec l’avantage d’être bien mieux arrangée ; un soin particulier semble avoir été donné à chaque instrument particulier, renforçant une mélodie pourtant pas moins répétitive que, à tout hasard, I’m Crying. L’introduction au piano invite à l’écoute ; les basses se distinguent nettement des guitares, le son paraît plus riche ; l’ensemble plus habillé ET plus dynamique.

…Mais il y a un mais :  comme je l’ai souvent répété, une partie supplémentaire manque cruellement pour étoffer un peu…

Remarque chronologique : Ray et Dave furent de retour en studio la semaine du lundi 16 Juin 1969 pour mettre les touches finales à l’album solo de Dave avec l’ingénieur Andrew Hendricksen. Des arrangements de cor de Lew Warburton ont alors vraisembablement été ajoutés aux morceaux Mr.Reporter, Groovy Movies et Mr Shoemaker’s Daughter.  Ce fut aussi la semaine du mixage et de l’assemblage du master.

Remarque tout court : s’agissant des paroles de la chanson, je vous invite à les consulter ici ( un nouvel onglet s’ouvrira dans votre navigateur ).

 

09)    This Man He Weeps Tonight

Enregistrement ( Pye Studio 1 ) : le mercredi 8 Janvier ou dans le courant du mois de Mars 1969

Sortie : single Shangri La / This Man He Weeps Tonight le 12 Septembre 1969 au Royaume Uni ; réédition 1998 Arthur

14,5 / 20

 

 

 

Celle-ci est inspirée et est interprétée avec souffle…et je l’aime bien.

Bien amenée, alternant intelligemment temps faible et temps fort, agrémentée de quelques bons passages à la guitare électrique, elle fait partie des meilleures de Dave. Sa durée plaide également en sa faveur – parfois, la concision est un art -.

Dommage qu’il s’agisse encore d’une « sombre affaire de mœurs »…Je plaisante !

10)    Groovy Movies

Enregistrement ( Pye Studio 1 ) : dans le courant du mois de Mars 1969

Sortie : Great Lost Kinks Album 1973 ; Village Green Deluxe 2004

15/ 20

 

Cette chanson de Dave-Death-Of-The-Clown-Davies insère un peu de l’allant typique du frère. Pas grand chose à retenir des paroles plutôt délirantes, rien de foncièrement génial, mais une vraie bonne chanson divertissante.

Je trouve l’introduction et le premier couplet très réussis. Le "break instrumental à la basse" met une touche de diversité là où Dave n’a pas forcément coutume d’en mettre : et c’est rafraichissant. Les cuivres sont pour beaucoup aussi dans mon goût pour la chanson, qu’ils parviennent à transporter ailleurs malgré sa relative banalité. Dave, lui, ne les aime pas. Alors…

( Enfin…mine de rien, je le confesse : Groovy Movies fait partie de celles de Dave que je préfère écouter !…)



Un indice concernant la source d'inspiration de la chanson que cet article de journal sur ce film jamais sorti mettant en scène Dave Davies ? Pourquoi pas...

11)    Mr Reporter

Enregistrement ( Pye Studio 1 ) : dans le courant du mois de Mars 1969

Sortie : réédition 1998 Face To Face

15 / 20

 

Mr Reporter est l’enfant le plus incestueux de l’album. Le plus vieux, aussi.

Composé par Ray Davies, qui en avait entamé l’enregistrement le lundi 18 Avril 1966 lors de séances pour Face To Face sous le titre The Reporter, il est caractérisé par des paroles de Ray à l’acerbité maximum, dont je vous invite à lire la traduction sur cette autre page ( ne vous en faites pas, le lien ouvrira une nouvelle page de votre navigateur ). Cette violence passée de voix en voix à son frère Dave n’est pas sans rappeler I’m Not Like Everybody Else, également composée par Ray, chantée par Dave. A la différence près qu’il existe une version de Mr Reporter chantée par Ray (…).

Rétrospectivement, on peut s’amuser de ce don si l’on considère cette phrase lâchée par Dave Davies à Norrie Drummond du NME, des mois avant l’enregistrement de bien des chansons à lui : « je voulais faire un disque solo, et j’ai demandé à Ray s’il voulait écrire une chanson pour moi. Mais il ne voulait pas et donc je n’ai jamais enregistré le disque » (...).

La sonorité acoustique du morceau, seulement gonflée par la présence de cuivres, n’est pas sans évoquer le courant des protest song qui n’étouffait pas la teneur offensive des paroles. En dépit de sa répétitivité, une forme de jubilation filtre de l’ensemble pour peu que l’on prenne la peine de se sentir concerné, et le motif musical traversant la chanson, correspondant bien à cette nouvelle satire joyeuse, est suffisamment agréable pour tenir l’auditeur. Une plutôt bonne chanson !



Ci-dessus : la version de la chanson chantée par Ray Davies, en 1966.

12)    Mindless Child Of Motherhood

Enregistrement ( Pye Studio 2 ) : le 1er Mai et au début du mois

Sortie : single Drivin / Mindless Child Of Motherhood le vendredi 20 Juin 1969 au Royaume Uni ; single Lola / Mindless Child Of Motherhood le 28 Juin 1970 aux Etats-Unis ; Kinks Kronikles le 25 Mars 1972 ; réédition 1998 Arthur

14,5 / 20



Le huit piste étant alors installé dans le studio 2, c’est dans le plus petit des deux studios de chez Pye que retournèrent les Kinks pour travailler Mindless Child Of Motherhood, conjointement à Drivin, pour des sessions devant déterminer un futur single.

Comme je l’ai dit précédemment, il s’agit encore plutôt d’une morceau de Dave interprété par les Kinks qu’autre chose - de plus individuel ! -, et la qualité des arrangements et de la production tendent à porter la chanson un peu plus haut : l’introduction piano / guitare étouffée, par exemple, est excellente. Autre forme de plus value notoire : Rasa, qui manifestement accompagne Dave sur le refrain. Mais la conviction de Dave Davies sur le chant, elle, est à mettre à son unique crédit.

S’agissant des paroles – que vous pouvez retrouver ici -, elles semblent une fois de plus se référer à Sue : c’est vraie pour une majorité des chansons d’amour de Dave, qu’elles soient ou non mélancoliques.

 Qu’a pensé la presse du single Drivin’ / Mindless Child Of Motherhood ?

* Le Record Mirror : « Manifestement un gros hit (…) ».

* Le Melody Maker : « aussi accrocheur et typiquement Ray Davies que Plastic Man »

* Le NME : « les Kinks s’améliorent à chaque sortie mais leur popularité semble proportionnellement diminuer. Pour la qualité et la production cela mériterait de faire un hit mais je ne voudrais pas me faire trop d’espoirs ».

* Disc & Music Echo : « c’est clairement les Kinks avec la voix assez mélancolique de Ray…il a un plaisant charme d’été. Ce n’est pas un disque captivant ni accrocheur mais je pense qu’il grandira en vous ».

Note de l'Album

14 / 20

Voici une analogie journalistique toute trouvée pour clore ma chronique : "l’album des laissées pour compte de Dave, guitariste des Kinks, vaut-il le All Things Must Past de George Harrison, guitariste des Beatles ?"…ah non, non, ne comptez pas sur moi : je ne suis pas journaliste !

Je reprends :

On pourrait dire beaucoup de mal comme beaucoup de bien de cette collection de chansons, selon l’intention que l’on aura d’en préjuger en mal ou en bien. Sa disparité permet de mettre en lumière Dave Davies sous ses différentes coutures, par exemple : de l’exubérance ( Lincoln County ; Groovy Movies ) à une forme de romantisme ( There Is No Life Without Love ; I’m Crying ) en passant par la violence ( Creeping Jean ; Mindless Child Of Motherhood ) et la critique sociale ( Mr Reporter ). Son absence de morceau absolument génial, de même, est compensée par le très bon niveau moyen des compositions : j’irais jusqu’à dire que si certaines chansons ne sont pas d’une qualité intrinsèque formidable, elles sont plus qu’agréables à écouter selon le moment de notre vie ( Hold My Hand ; Do You Wish To Be A Man ).
C’est que Dave Davies a une qualité éminemment sympathique, qui est aussi son principal défaut en tant que compositeur : c’est un homme de cœur – je crois - ; il écrit en tous cas ses chansons avec son cœur. Et cela se ressent pour ce que je considère comme étant la principale faille de l’album, avec la fréquente répétitivité de ses chansons : ses thèmes d’écriture, assez peu variés en dehors des relations amoureuses.

Quoiqu’il en soit, cet album, s’il était sorti, aurait pu permettre d’asseoir un peu plus la réputation de Dave Davies au sein des Kinks et, pour un peu, l’éloigner moins à défaut de le rapprocher plus du statut de son frère : celui de génie du groupe...ce que Dave était également : par voie de complémentarité…

Sources de l'article

Livres :                 The Kinks All Day And All Of The Night, Doug Hinman

                              Kink, Dave Davies.

Interviews :          Dave Schulps, Trouser Press, August 1980

Images :                Records around the world ; forum Dave Davies.

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Blues'n'roll, où es-tu? 24/10/2009 22:25


très impressionnant comme article! félicitations
je ne savais pas que le chanteur des Kinks avec fait des chansons solo, plutot pas mal, il y a un espèce de son dans certaines chanssons qui me font penser aux vieux albums de John Frusciante. La
voix craquante aussi me plait beaucoup.


Fletcher Honorama 26/10/2009 14:29



Merci beaucoup