Interview d'époque : Preservation Act 2 (1974)

Publié le par Fletcher Honorama

 

[/!\ "Cette Kronique n'en est pas une" : il s'agit de ma traduction française d'un article trouvé sur le site "Kinda Kinks" de Dave Emlen]


L’interview de Preservation Act 2

 

 

Les Kinks sont légendaires. Leur premier single américain, « You Really Got Me », fut un hit de l’été 1964. Et il fut communément admis que les Kinks étaient de provocants innovateurs, au même titre que Dylan et les Beatles. Quasiment une décennie après, les Kinks poursuivent leur route, agissant comme ils l’ont toujours fait –scandaleux, mais brillants, ironiques, subtiles.

Le génie prédominant des Kinks est le maître sorcier Raymond Douglas Davies. C’est un homme qui peut faire un tour de main (?), taper du pied, asperger son audience de Piels Light pression, et se faire applaudir davantage en chantant quelques mesures de « Mr. Wonderful » que la reine d’Angleterre annonçant que les pubs londoniens resteront ouverts toute la nuit. Davies est le porte-parole, compositeur, guitariste rythmique et chanteur des Kinks. Cela dit, même en tant centre d’attraction principal, il est totalement amalgamé à la fibre Kinky du groupe.

Avec Preservation Act 2, le dernier album des Kinks, le rideau de la comédie musicale tragicomique de Davies se rouvre à nouveau. Élargissant sa vision de la comédie humaine, Davies peuple son album, en plus des personnages familiers, de personnages nouveaux, saints comme crapules. Musicalement plus puissant que Preservation Act 1, Preservation Act 2 accentue la lutte entre les forces de « la nation de Mr. Black » et Flash, le (… ?) promoteur immobilier. D’une voix faussement méchante, Davies chante : « je suis le rebut de la Terre » (« I’m the scum of the earth ») tandis qu’un « oompah » bondit sur un fond de music hall. Le « trafiquant de voitures d’occasion » (venant des taudis) montre les dents : « ne me trahissez pas ou mes truands vont vous disséquer ! » (don’t double-cross me or my hoods will dissect you ! »).

Les paroles de Davies n’avaient plus été aussi subtiles depuis Everybody’s In Showbiz. La prestation de John Gosling au clavier est classe et excentrique avec des notes sifflantes et des engins fendant les airs (?). La section tuba et cor est maintenant complètement assimilée aux Kinks, et le chœur féminin fredonne ingénieusement dans une pseudo soul.

He’s Evil démarre avec un riff de guitar grésillant de Dave Davies. Puis la voix rugueuse de Ray entre en action avec « his skin is soft, but his mind is hard » (« sa peau est douce, mais son esprit est dur ») tandis que le chœur murmure : « Look out ! He’s evil » (« Prenez garde ! Il est le mal »).  Le chœur construit une sorte d’incantation scat, qui s’élève dans une intense répétition à travers l’utilisation d’échos subtiles et de distorsion. A la fin, c’est une sorte de  psalmodie grégorienne extravagante – perverse et hilarante.

Mais Preservation Act 2 est plus triste et plus dur que l’Act 1. « Nobody Gives » est un commentaire à demi en colère sur l’histoire et l’apathie alors que « Oh Where, Oh Where Is Love ? » est une élégie à la romance, à l’imaginaire et aux rêves perdus.

La fin de “Oh Where, Oh Where Is Love” conduit de manière renversante au bruit d’une personne qui ronfle, et gémit dans son sommeil. Flash est réveillé par sa propre « âme ». Lors de ce moment phare de l’album, Flash se bat contre les accusations brûlantes de son « âme » tandis que la foudre rugit et que les chœurs chantent des bribes de « Demolition » dans un flashback fantomatique du Noël passé de l’Act 1.

S’il existait un roman épique du “rock and roll dream”, Preservation Act 1 et Preservation Act 2 des Kinks (et leur prélude d’il y a quelques années, The Village Green Preservation Society) le seraient. Davies est sans aucun doute entrain de créer un nouveau standard d’album rock et ce dernier opus en est encore le plus insolite.

Sur la route, Ray Davies a été difficile à coincer. L’interviewer émérite Scott Cohen l’a en effet suivi à travers trois états avant de mettre enfin la main sur lui à New York, où la poursuite d’une interview commença. Lors d’une soirée privée au Warwick Hotel, Ray Davies était entouré de son amie proche et liaison de sa maison de disque, Barbara Bothwell. Avec la jolie blonde d’un côté, et de l’autre le publicitaire de haut-niveau de RCA Stu Ginsberg, Ray fut interviewé dans un bar bruyant et bondé, quelques heures à peine après que Hank Aaron ait frappé son 715ème coupe-circuit historique.

Davies, être bien élevé, comme revenu d’un autre âge plus doux, parut très britannique, mais extravaguant (« kinky »). Il était vêtu d’un pullover classique et d’un pantalon en flanelle bleu marine. Cohen se saisit de son dictaphone, et tandis qu’ils se dirigeaient vers le bar, l’interview commença.



Circus : Qu’allez-vous prendre ?

Ray : Je prendrai de l’eau gazeuse.

Circus : Vous êtes tellement extraverti sur scène, et tellement timide en dehors.

Ray : J’y pense souvent. Je ne suis pas toujours timide. Peut-être que je suis plus décontracté sur scène parce que j’aime ça.

Circus : Quand vous êtes sur scène, vous avez un contrôle total du public.

Ray : Pas toujours. En général, ils sont très polis envers moi, mais ils ne le sont pas toujours.

Circus : Le public vous aimait l’autre nuit au Felt Forum.

Ray : Alors tant mieux. Je me suis donné du mal. C’était difficile de jouer là, au Felt Forum. J’aime les ambiances intimistes. Nous ne pouvons plus jouer dans des endroits comme les cabarets, parce que nous brassons un grand nombre de personnes. Notre  prestation est plus ou moins calibrée pour la taille du Forum. Je pourrais l’adapter si le groupe était plus petit.  Quand vous avez dix personnes sur scène, c’est difficile de faire en sorte que personne n’en fasse trop.  Il n’y a plus tellement de télépathie qui opère.

Circus : Vous sentiriez-vous à l’aise si vous jouiez à Las Vegas ?

Ray : Non. J’aimerais mieux Broadway. Une comédie musicale. Le truc sur lequel je travaille en ce moment en sera une, Preservation Act 1 et Preservation 2. Il y a l’Act 1, un interlude, l’Act 2 et voilà, c’est terminé.

Circus : Qu’est-ce que “Money Talks” : une nouvelle chanson des Kinks, ou est-ce sur l’album ?

Ray : C’est un disque qui est sorti sous le nom des Kinks, mais dans le spectacle, le héros –ou le méchant, comme vous voulez-, chante cette chanson avec ses « floozies » (« pouffiasses »). Tu sais ce que c’est qu’une « floozie » ?

Circus: Non.

Ray: C’est une « fille de mauvaise vie » qui traîne dans les bars.

Circus : Oh, j’en ai connu quelques unes.

Ray : Eh bien, « Money Talks » est leur hymne.

Circus : Saviez vous que « Lola » était la chanson de la libération gay ? C’est leur hymne.

Ray : Non, mais je sentais qu’elle pourrait le devenir. C’est bien. Lola recouvre plusieurs personnes, en réalité. J’ai essayé de l’analyser car je pense qu’elle recouvre plusieurs personnes. Un amour refoulé.

Circus : Est-il vrai que les Kinks ont le sentiment que les groupies dépravent la scène rock ?

Ray : Elles ne peuvent pas dépraver l’industrie, mais elles ont dépravé une paire de musiciens.

Circus : Quand vous demandez au public de chanter avec vous, il chante. Quand vous lui demandez de taper des mains, il tape des mains. Vos désirs sont ses ordres. Lui avez-vous jamais rien demandé de scandaleux, pour voir jusqu’où il pourrait aller ?

Ray : Non, mais c’est intéressant que vous souleviez cette question, car Preservation parle de ce qu’une foule de gens fait –comment réagissent les masses. Le personnage que je jouerai dans la comédie peut jouer ce genre de rôle auprès des gens. Je ne dis pas que je le peux, mais les gens, quand ils veulent s’amuser, vont le montrer. Je pense que ce que je fais dans la comédie, c’est briser toutes les barrières que je peux avoir en tant que personne. Je pense que ce que je fais, c’est ériger des barrières pour me protéger. Je ne suis pas sûr d’être sensible, mais il faut que j’érige de petites barrières, sinon je suis meurtri.

Circus : Quand vous êtes sur scène, pensez-vous à vous-même comme à une cible ?

Ray : Comme quoi ? Quelque chose que l’on vise ? Non. Quand j’y suis, je me nourris de l’énergie des autres personnes –du groupe, et du des spectateurs. Il y avait une fille dans le public qui m’a tendu un miroir, et ça m’a aidé dans ma prestation. Elle a participé, au lieu de prendre. Elle m’a en fait donné quelque chose, et j’en ai fait quelque chose.

Circus : Cela fait huit ans que le Kinks Greatest Hits est sorti.

Ray : C’est un fait géographique. C’est concret. Parfois, je me dis que les rêves ont autant à voir avec le passé qu’avec le futur. Parfois, je n’arrive pas à croire que ce soit arrivé.

Circus : Vos chansons donnent l’impression de ne pas avoir été faites pour cette époque.

Ray : Je ne pense pas qu’aucun de nous le soit. C’est pourquoi les gens ont des ulcères et se droguent. Si j’avais pu choisir une autre époque dans laquelle vivre, j’aurais aimé être compositeur dans les années quarante. Pas y avoir vécu : y avoir écrit. Il y avait quelques bonnes chansons dans l’air à l’époque. J’aurais aimé vivre une époque où je pourrais dire vouloir travailler sur un nouveau projet et pouvoir consacrer cinq années à le réaliser. En fait, Preservation m’a pris quelques années à faire.

Circus : Quelle est la durabilité d’un Kinks ?

Ray : Sa durée de vie ? Elle dure tant que vous pouvez y mettre comme en retirer quelque chose. Vous savez, on peut être impliqué à certains degrés avec les Kinks. Nous n’avons pas de temps à perdre avec une star. Je sais que je dois prendre les devants du groupe. Quand je dis star, je veux dire quelqu’un qui a des problèmes d’égo. Je pense que le tout formé par les Kinks est plus grand que n’importe quelle personne.

Circus : Les Kinks pourraient-ils continuer sans vous ?

Ray : Ouais.

Circus : Quand pensez-vous les quitter ?

Ray : J’y ai pensé ce matin. J’y pense tous les matins, vous savez…jusqu’à ce que je me lève, commence à jouer de la musique et m’y intéresse à nouveau.

Circus : N’avez-vous pas déjà démissionné, une fois ?

Ray : Ouais, je l’ai fait pendant une semaine.

Circus : Pourquoi ?

Ray : Je n’étais pas à l’aise dans ce que je faisais.

Circus : Qu’est-ce qui vous a sorti de votre retraite ?

Ray : Je voulais jouer.

Circus : Quelle est la définition d’un Kink ?

Ray : C’est quelqu’un qui peut faire tomber toutes les barrières. Et je pense que celui qui joue avec nous est un Kink. Nous avons pris un nouveau corniste pour dernier ajout, mais il ne savait pas comment se comporter au départ, et certaines choses le contrariaient. Maintenant, il les apprécie. Les barrières sont tombées et il peut être lui-même. Nous nous disputons quand nous devons nous disputer sur un sujet. On ne laisse pas les choses s’envenimer.

Circus : Y a-t-il eu des cas où le groupe l’a échappé belle et failli se séparer ?

Ray : Ah oui. Principalement par notre faute, à mon frère et à moi. Comme nous sommes un peu plus proches, nous débattons un peu plus intensément.

Circus : Ne peut-on pas vous un peu vous rapprocher, vous et votre frère, de David et Ricky Nelson ?

Ray : À vrai dire je ne sais pas grand chose à leur sujet. Mon frère aime bien Rick Nelson. J’aime bien ses disques.

Circus : Y a-t-il tant de rivalité fraternelle ?

Ray: Pas vraiment.

Circus: Êtes-vous frères de corps et d’esprit ?

Ray : Je le pense, oui, malheureusement. J’aurais aimé que nous ne soyons pas aussi proches. Vous savez, nous ne nous parlons pas tant que ça lui et moi ; pourtant nous sommes vraiment proches.

Circus : Pensez-vous que votre mère vous comprenne ?

Ray : Non, je ne pense pas.

Circus : Où sont les Teddy Boys, aujourd’hui ?

Ray : Ils se signalent à un concert, à l’occasion. Nous avons fait une tournée en Angleterre avant de venir ici et Bill Haley a joué avec nous. Tous les rockers étaient venus nous entendre.

Circus : Les rockers sont-ils passés aux Teddy Boys ?

Ray : Je pense que les Rockers et les Teddy Boys s’entraident.

Circus: Et qu’en est-il des skinheads ?

Ray : Ils penchent plutôt vers les Mods. Vous avez les Teddy Boys et les rockers d’un côté, et de l’autre, les Skinheads et les Mods. Les Mods ont les cheveux courts et sont plus nets, et plus continentaux. Ils ressemblent aux Français. La jeunesse hitlérienne, ils étaient mods. Les rockers ressemblent à des rockers quel que soit l’endroit du monde.

Circus : L’équivalent américain serait probablement les Hells Angels.

Ray : C’est possible. L’une des choses dont je me souviendrai toujours est cette nuit où avions fini de jouer, et où j’ai vu deux mods danser sur un disque des Beach Boys qui s’appelle « I Get Around ». C’était fantastique.

Circus : Que pensez-vous d’Allan Price ?

Ray : Il est plutôt partisan des Mods. Il jouait avec les Animals, et c’étaient plutôt un groupe de rock à mon avis. Un bon groupe. Ils ont peut-être enregistré le meilleur disque de tous les temps, « We Gotta Get Out Of This Place ».

Circus : Pourquoi les Kinks ont-ils adjoint au groupe deux filles et une section cuivre ?

Ray : C’est le son que je voulais projeter. Je voulais qu’une fille chante les parties de la dame dans le spectacle « Preservation », alors pourquoi ne pas les prendre dans le groupe ? Elles tournent avec nous car je veux que la prestation scénique soit aussi proche du disque que possible. Les seuls concerts que j’aime sont ceux qui ressemblent aux disques que j’aime.

Circus : Quand vous tournez, chantez-vous les mêmes chansons soir après soir ?

Ray : Quand vous êtes dix vous devez conserver un certain format. Mais elles changent pas mal.

Circus : L’argent détermine-t-il le nombre de personne à partir en tournée ?

Ray : Pas vraiment, parce que je pourrais avoir un orchestre –l’orchestre symphonique de Londres- mais j’ai choisi de m’entourer de dix ou quatorze personnes et j’ai obtenu le son que je voulais. C’est le son que je veux obtenir qui le détermine.

Circus : À quel point Preservation Act 2 diffère-t-il de Preservation Act 1 ?

Ray : L’Act 1 s’affaire simplement des choses banales, ordinaires, la vie de tous les jours de tout un chacun. La seconde moitié est plus noire, plus violente et plus sportive. Sportive musicalement.

Circus : Où l’Act 1 a-t-il été écrit ?

Ray : Il a été écrit en partie en Angleterre, en partie au Danemark.

Circus : Produisez-vous vos propres disques ?

Ray : Jusqu’à présent, ouais.

Circus : Votre numéro, sur scène, a comme un parfum de Vaudeville.

Ray : C’est du Vaudeville ? Je me mets à marcher parce que je mets un pied devant l’autre. Je crois que c’est quelque chose qui a été transmis en Angleterre. Un mode de vie.

Circus : Vous demandez-vous qui se rend aux concerts des Kinks, et qui achète leurs disques ?

Ray : Je ne sais pas. Je ne pense pas vraiment a ça. Quand Dave a fait « You Really Got Me » il n’avait que quinze ans et venait de quitter l’école, et je n’y pensais pas à ce moment là, alors je n’y pense pas davantage aujourd’hui. Un bon disque est un bon disque. Je suis toujours frappé de voir des gens plus âgés venir nous écouter. Quand des gens plus âgés viennent me dire qu’ils aiment ma musique, ça me scie.

Circus : Que pensez-vous que les gens aiment chez les Kinks ?

Ray : Je ne pense pas que les Kinks soient populaires. Je suis toujours estomaqué quand je vois mon nom sur une pochette.

Circus : Quelle est la relation des Kinks avec les Whos ? Leur image est très différente de la votre.

Ray : Je n’ai rencontré Pete Townshend qu’une seule fois, il y a longtemps. Je crois que l’on s’est plutôt bien entendu. On ne fréquente pas beaucoup les autres groupes, cela dit. Je devrais,  c’est vrai.

Circus : Arthur est-il le revers de la médaille de Tommy ?

Ray : Je n’ai jamais entendu Tommy. Je ne sais pas. À ce niveau là, je passe à côté. Je n’écoute pas ce qui se fait. Et je ne suis pas près d’écouter Tommy. Je ne vois pas pourquoi je devrais le faire.

Circus: Quels disques écoutez-vous ?

Ray : L’année passée, j’en ai écouté deux, Mahler et un disque qui s’appelle « Hooray for Hollywood », ou quelque chose comme ça, avec Bing Crosby. Je passais ces deux disques sans arrêt.

Circus: Les Kinks sont-ils « campy » (« efféminés ; maniérés … » ?) ?

Ray: Si nous le sommes, nous n’en savons rien.

Circus : Il y a quelques mois Lou Reed a déclaré n’avoir écouté que deux albums, Preservation Act 1 et The Great Lost Kinks Album.

Ray : Je ne passe pas ses trucs donc je me sens mal à l’aise de vous entendre dire ça. J’ai eu honte de n’avoir entendu parler de son groupe, The Velvet Underground, que lorsque j’ai signé avec RCA. Je me suis dit que j’aurais dû. Je passe à côté de beaucoup de choses, vous savez.

Circus : Que feriez-vous en ce moment si vous n’étiez pas un Kink ?

Ray : Je ne sais pas. C’est à eux que je pense en me réveillant le matin. Quand je suis sur scène, ou que je n’écris pas dans la matinée, je pense à me sortir du lit. Puis je retourne ériger des barrières, et je n’aime pas ça.

Circus : Pouvez-vous me citer certains de vos trucs, ou barrières ?

Ray : Je ne me connais pas de trucs dont j’aie conscience. Le seul truc que j’ai –que j’ai appris- c’est de ne pas prendre de décisions au lever du lit. Si je me sens déprimé le matin je ne le dis à personne. Je l’ai été pendant une demi-heure et ensuite, ça ne va pas trop mal. Je ne crois pas qu’il faille agir à la hâte pour ces genres de choses.

Circus : Qui aimez-vous le plus : les Stones, ou les Beatles ?

Ray : Eh bien, j’ai travaillé avec les Beatles à nos débuts et je crois que nous avons joué avec les Stones. J’aime les deux pour des raisons différentes. J’aime les Beatles car leurs morceaux étaient bons. Ils étaient très justes et j’ai aimé leurs disques, ce qui m’a surpris car je ne l’aurais pas cru. Je pense que Ringo a été meilleur batteur qu’on n’a bien voulu le reconnaître, et j’aime les productions de George Harrison. Mais je me sens plus proche des Stones car j’ai joué dans des groupes de blues en Angletterre, donc je me sens peut-être plus proche d’eux, au sens géographique, que des Beatles. Quand j’entends un de leurs disques, par exemple « Brown Sugar », c’est bon et honnête, vous voyez, et j’ai trouvé que quelques-uns des derniers morceaux des Beatles ne l’étaient pas. Je ne saurais pas décrire comment je me suis senti. Je trouve que les Stones étaient plus honnêtes que les Beatles. C’est peut-être ce qui leur donne l’avantage. Au début, quand les Beatles ont émergé, George Harrison a fait des interviews pour la presse au cours desquelles il a dit qu’ils étaient différents parce qu’ils n’utilisaient jamais d’échos. Mais leur premier album en est bourré.

Circus : Pourquoi les Kinks ne sont-ils jamais devenus encore plus énormes ?

Ray : Parce qu’ils ne le voulaient pas, je pense. Je pense que ce n’est pas en eux. Ils sont peut-être égoïstes, ils ne voulaient pas tout sacrifier.

Circus : Vos chansons sont-elles autobiographiques ?

Ray : Pas tellement sur Preservation car j’ai essayé de créer des personnages. Je m’identifie à eux à un certain point dans le sens où je leur suis lié.

Circus : Êtes vous la personne que vous chantez dans Sunny Afternoon ?

Ray : Pas dans le sens où les gens le pensent. Je m’y associe, oui. Je suis relativement coulant mais je n’essaie pas par-dessus tout de vivre dans l’agrément. Je suis bien plus proche du personnage de « Waterloo Sunset ».

Circus : Y a-t-il rien de plus beau qu’un soleil couchant en Automne ?

Ray : De plus beau ? Je crois qu’il n’y a rien de plus beau.

Circus : Quand vous écrivez une chanson, qu’écrivez-vous en premier : les paroles, ou la musique ?

Ray : Je trouve l’idée et une fois que j’ai l’idée, je pense faire les deux. Quand je tiens quelque chose que je vais vraiment aimer, je garde les paroles pour la fin. Je crée quelques ébauches de refrains et de couplets, puis j’écris des pages et des pages et en extrais ce que j’appelle le jus.

Circus : Quel âge aviez-vous quand vous avez chanté votre première chanson ?

Ray : Je crois que j’avais trois ans. J’ai chanté « Temptation ».

Circus : Comment obtenez-vous ce son live sur vos albums studio ?

Ray : J’utilise de vieux micros démodés de la BBC sur la plupart des trucs où je veux obtenir un son live. Je ne les utilise plus tellement, maintenant. Je ne les ai pas utilisés sur Preservation. J’ai utilisé de bons micros, des modernes.

Circus : Préférez-vous le mono ou le stereo ?

Ray : Je commence à me faire à la stéréo, petit à petit.

Circus : Quelle est la différence entre Londres et Hollywood ?

Ray : Hollywood est la capitale mondiale du cinéma. Waterloo Sunset est venue de Londres et Celluloid Heroes d’Hollywood et elles sont toutes les deux les mêmes, pour ma part. La différence, c’est que vous ne pouvez pas vous trouver à deux endroits en même temps.

Circus : Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez vu un palmier ?

Ray : Je me vois encore dire à quel point c’est étrange de voir un palmier en Angleterre. Le premier que j’ai vu se trouvait en Angleterre. C’était dans une station balnéaire du nom de Torqueay, à la pointe sud de l’Angleterre.

Circus : Est-ce que « tout le monde est dans le showbiz » ?

Ray : Ouais, n’importe qui pourrait mettre en scène ce qu’il fait. Je me souviens que lorsque j’étais à l’école dramatique, nous avons dû mettre en scène un moment du quotidien, improviser, et tous les autres faisaient des trucs intelligents, très inventifs, et je n’arrivais à penser à rien. Voilà ce que j’ai fait : je me suis assis sur une chaise et suis tombé endormi. Tous les autres couraient partout et ils m’ont remarqué entrain de ne rien faire, alors ils m’ont demandé ce que je faisais, et je leur ai répondu que je regardais la télévision. Je me mettais en scène et je ne faisais rien. Je contribuais à la mise en scène tout autour de moi, et je crois que tout le monde le fait.

Circus : Est-ce la raison pour laquelle vous invitez le public à chanter et taper des mains ?

Ray : Il ne serait pas là s’il ne voulait pas être impliqué. Mais il n’est pas du tout submergé par ce que je fais. Il vient voir un grand guitariste, ou un grand groupe, et sa part de la prestation est de s’installer là. C’est le rôle qui lui incombe : être absorbé ou  submergé par ça, donc le public contribue autant au spectacle que nous.

Circus : Quelle est votre empreinte de star préférée à Hollywood ?

Ray : J’ai remarqué une chose à propos de ces empreintes de pieds et de main : la taille de la main de Jean Harlow. C’est la plus petite. C’était une énorme propriété mais elle avait de toutes petites mains. J’avais très envie de mettre ce vers dans Celluloid Heroes mais je ne l’ai finalement pas fait.

Circus : Celluloid Heroes est-elle la meilleure chanson des Kinks ?

Ray : Non. Peut-être est-ce la plus dramatique. Elle se déplace joliment et monte une imagerie. Je ne sais pas si j’ai une chanson préférée.

Circus : Où iriez-vous pour un rendez-vous de rêve ?

Ray : Vous voulez dire, si je pouvais aller où je veux avec qui je veux ? Mon dieu ! Je sortirais avec Salomé –le long de la 42ème rue- pour aller au cinéma.

Scott Cohen pour Circus Magazine, 1974.

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