Article d'époque : Everybody's in Showbiz (1972)

Publié le par Fletcher Honorama

 

[/!\ "Cette Kronique n'en est pas une" : il s'agit de ma traduction française d'un article trouvé sur le site "Kinda Kinks" de Dave Emlen]

 

Le contraste des Kinks

 

 

The Kinks: Everybody's In Show Biz (RCA VPS 6065). La première question à se poser d’un nouvel album des Kinks est la suivante : qu’a à dire Ray Davies du monde de son époque ? Davies incarne la personnalité de la superstar flamboyante qui écrit et chante la plupart des productions du groupe, celle qui fait comme défait leurs prestations lives. Parmi les gens qui écoutent les paroles, l’opinion selon laquelle Davies est un compositeur excellent et un insurpassable portraitiste des gens et de leur quotidien est plutôt communément admise. En l’espace d’environ 16 albums des Kinks, il a créé des douzaines –peut-être des centaines- d’observations mordantes, douces-amères, tragicomiques sur la manière dont vivent les gens.

Les dernières tournées américaines du groupe britannique ont établi un contraste irréparable entre le Ray Davies compositeur, sensible et intelligent, et le bouffon scénique qui porte son nom.

Le dispositif en deux albums traite de ce contraste. Le second est l’enregistrement d’un concert live,  avec foule en délire, cuivres éclatants et –récente évolution- bonne prestation du groupe. Le premier, un commentaire du second : série de chansons narrant ce que cela fait que d’être ce drôle de bonhomme sous le feu des projecteurs.

Les nouveaux enregistrements sont désespérément sinistres. D’un côté, les paroles de Davies souffrent d’un manque inhabituel de subtilité, qui viennent décrire à quel point les différents aspects de la vie d’une star sont déplaisants. D’un autre côté, cette ambiguïté émotionnelle, cette appréhension simultanée des différents aspects d’une situation qui caractérise d’habitude les chansons de Davies est ici momentanément (je l’espère) suspendue. En résulte, dans l’ensemble, une série de complaintes musicales, écrites, parfois charmantes, ponctuellement odieusement cyniques (Sunny Side) et constamment déprimantes.

Même la gaieté tapageuse de l’album live n’est pas distrayante dans ce contexte : elle ne peut l’être après que l’on vous ait fait regarder ledit concert à travers les yeux d’un interprète amèrement insatisfait. De toute évidence, les deux disques n’avaient pas pour objectif de devenir la publication la plus distrayante des Kinks. Leur écoute, cependant, peut être édifiante pour tout jeune guitariste désireux de devenir une pop star. 

Nancy Erlich pour le New York Times, le 12 Novembre 1972.

 

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Eric 11/11/2012 22:48

Bravo Dimitri
Je viens tout juste de t'envoyer un long e_mail, je passe sur ton blog, et je tombe sur cette traduction toute neuve.
J'adhère assez aux propos du chroniqueur, mais il faudrait que je me penche davantage sur les textes, et ce n'est pas l'album des Kinks dans lequel je me suis le plus absorbé.
Reste que cet album comporte quand même un authentique chef d'oeuvre

Fletcher Honorama 12/11/2012 02:44



Merci


Je me demandais justement l'enthousiasme que ce genre de publication pourrait susciter -ou non-. J'ai parcouru le site de Dave Emlen de fond en comble et ai dégagé une vingtaine d'articles
d'époque correspondant à la période sur laquelle je travaille (1964-1975), que je déclinerai sous deux formes ici, traduits en français : "article d'époque" (quand l'article en question porte
exclusivement sur un album) et "interview d'époque". Ceci en plus des huits "Kroniques" restantes. Bien sûr, je n'ai aucune idée du "quand"...


En traduisant, je me suis fait la réflexion que c'était un exercice de style particulier que de tâcher de retranscrire le plus fidèlement possible les propos d'une personne avec laquelle je
serais probablement en désaccord (!). Finalement, j'ai trouvé qu'elle voyait assez juste en rappelant ce contexte de double album ; elle m'a même éclairé sur ce qui me dérangeait avec ce live !
Cependant, je trouve sa critique relativement dure -même en prenant la chute pour ce qu'elle est : de l'humour (?). Je perçois en particulier une pointe de susceptibilité journalistique dans le
reproche vert qu'elle adresse à "Look A Little On The Sunnyside" (que j'aime bien ). En tous cas, ce regard
"historique" m'intéresse.