Chronique Kinks : Preservation Act 1 ( 1973 )

Publié le par Dimitri Dequidt

Introduction


Preservation Act 1 !…Voilà un album qui, s’y l’on en croit les murmures, sabrerait la toute fin des Kinks des bons albums. Hop, un postulat comme ça et l’on s’en tire à bon compte, et puis ça fait un album de moins à écouter dans leur discographie…

La signature des Kinks avec RCA, notamment de l’échec commercial du pourtant très réussi Muswell Hillbillies et du countryesque et intriguant Everybody in Showbiz, est supposée coïncider avec une période de recrude(lique)scence créative de Ray Davies qu’introduirait la série des concept albums Preservation, série de concept albums comparée souvent à ce que Pete Townshend a voulu faire des Whos, à savoir une musique jugée ésotérique, intellectuelle, éloignée de l’essentiel. Une musique destinée au fiasco. Simplement, ces analogies ne suffisent pas à la vérité...

Ces murmures sont certes vrais dans la mesure où les chef d’œuvre sont derrière ; mais ils sont faux dans la mesure où il reste de très bons authentiques morceaux de musiques à grignoter. Bien sûr, il faut un peu fouiller les fonds de placard si l’on compare avec les temps d’abondance, mais si l’on compare avec la majorité des groupes, les Kinks s’en tirent plutôt très bien à condition de considérer leur travail. Ainsi, la série Preservation 1 & 2 ; A Soap Opera et Schoolboys in Disgrace reste, sinon à la hauteur de la légende dorée, honorable.

Tenons nous-en pour l’instant à l’épisode premier des Preservation. J’espère convaincre certaines réticences qu’il y a réellement de la musique sur cet album assez marginalisé, hormis le moyen-plus Sweet Lady Genevieve, cette chanson surcotée chef d’œuvre par d’aucuns pour se retenir d’écouter le reste…SVP, ne vous retenez plus!

Traduction du booklet


Pas un artiste dans l’histoire du rock n’a poursuivi un mariage entre drame et musique avec plus de ténacité que Ray Davies. Près d’une décennie durant, entre la fin des années 60 et la fin des années 70, son rêve a alimenté une succession de projets des Kinks, comme il recherchait à créer des œuvres qui puissent allier la spontanéité du rock avec le conducteur narratif et la personnalisation du théâtre.

L’album Arthur en 1969 aurait du fournir une réalisation précoce de ce rêve, mais cela a été saboté par l’apparente couardise de la compagnie télé l’ayant commissionné. Des disques ultérieurs ont été articulés autour de thèmes plutôt qu’autour d’une intrigue mais, fin 1972, Davies a commencé à travailler sur Preservation - sa vision la plus expansive de son concept insaisissable.

C’était peut-être le projet le plus ambitieux conçu par un artiste rock jusqu’alors, et sa portée exigeait une organisation méticuleuse. Au lieu de cela, la création de Préservation s’est transformée en une saga aussi traumatisante pour les Kinks que les péripéties de la trame l’étaient pour ses personnages. "S’il y a jamais eu une période où l’on aurait pas du me laisser enregistrer de disque, a commenté Ray plus tard, c’était bien celle là". "La plupart des artistes sont heureux de faire un autre album : je voulais créer un autre monde ".

L’impitoyable calendrier des Kinks s’est ligué contre lui dès le début. En Aout 1972, le groupe s’est envolé pour l’Amérique pour y entamer une tournée d’un mois. Plus tard était établi un autre mois de concerts autour de la Grande Bretagne, puis une paire de journées de congé avant qu’ils ne retournassent à nouveau aux Etats-Unis pour 4 autres semaines. A la mi Novembre, ils sont retournés à Londres – toujours plus de concerts- et il était exigé que Ray retourne à New York. Il a passé 4 jours bloqué dans l’Hotel Navarro à répondre à des questions sur leur dernier album, Everybody’s in Showbiz, pour ensuite s’envoler à temps vers Londres pour un autre live show.

Ce n’était peut-être pas le moment idéal pour concevoir un nouveau projet majeur – surtout pas celui exigeant que Dave créasse une comédie musicale en moins de 4 semaines. Mais le 11 Décembre 1972, le siège des Kinks a annoncé que Ray planchait sur une présentation théâtrale. Cela avait été commissionné comme étant partie prenante de la fanfare pour la célébration commémorative de l’entrée de la Grande Bretagne dans la CEE. L’échéance était au 14 Janvier, où les Kinks allaient devoir interpréter leur comédie au Drury Lane Theatre à Londres. Le thème ? L’album acclamé par la critique de 1968, The Kinks Are The Village Green For Preservation Society.

A travers la période de Noel à nouvel an, Ray a perfectionné son concept. Il a séquence les chansons de Village Green en une set list où figuraient également de nombreux hits du groupe, plus du nouveau matériel qu’il avait composé spécialement pour le projet. Des joueurs de cuivres et chanteurs additionnels ont dû être auditionnés, préparés et ensuite assimilés dans l’équipe des Kinks.

Etonnamment, l’échéance a été respectée, et le show du Drury Lane a été salué comme étant une triomphante encapsulation de l'histoire du groupe. Brièvement, Ray s’est laissé séduire par l’idée d’étendre le concept et de construire une comédie musicale ambulante – et possiblement un film – autour de l’album Village Green. « Il y avait un engouement pour que cela se produise », dit-il. « Mais au final, j’ai senti que je ne voulais pas toucher à cet enregistrement original, parce qu’il fonctionnait bien pour lui même, et je pensais qu’il valait mieux laisser tout cela comme étant une démo d’un show qui n’existait pas. C’est pourquoi je me suis mis à écrire Preservation ».

Le titre suggère immédiatement un lien avec Village Green Preservation Society – un autre album des Kinks ayant une histoire confuse. Dans sa forme finale, Village Green avait été un album thématique plutôt que conceptuel, rempli de brillantes vignettes vaguement liées à l'idée de nostalgie pour une Grande-Bretagne dont la gloire déteignait inexorablement.

Fantasque et doucement mélancolique, c’était un disque décrochant complètement avec l’ère de l'expérimentation psychédélique et de la rhétorique révolutionnaire. La chanson Picture Book commence avec le vers Imagine toi quand tu seras vieux ( Picture yourself when you’re getting old ), et une image moins en accord avec l’impérieuse culture de la jeunesse de 1968 est dure à imaginer.

L'album Village Green évoquait un climat plutôt qu’une trame, et Ray Davies avait besoin de quelque chose d’une base plus concrète pour une comédie musicale rock. Bien que les personnages et les clichés de l'album original aient été retenus sur Preservation, le nouveau projet était une affaire bien plus structurée. Preservation n’était plus uniquement une tentative vertueuse de garder vivant le meilleur du passé : il a avait maintenant un deuxième connotation, plus égoïste. Autour du Village Green vrombissaient les forces de la cupidité et la corruption, tandis que les passants innocents de l'album original s’étaient vus séduits par le cynisme de la société dans laquelle ils étaient piégés.

L’aspect conceptuel de Preservation n’était l’affaire que de Ray. «Nous aimerions à présent délivrer une interprétation visuelle plus importante encore que par le passé », expliquait-il en Janvier 1973. « Peut-être devrions nous mettre un light show autour de nous et présenter aussi bien les dialogues que les chansons habituelles ».

Comme l’allure du projet commençait à prendre forme dans l'esprit de Ray, les autres membres des Kinks - Dave Davies en particulier - ont été lancés dans le concept. "Ray ne s’asseyait jamais pour vous donner l'ensemble du plan", rit Dave. "Mais il me téléphonait et disait Je peux passer ? Il y a quelques petites choses dont j’aimerais te parler. Et on se verrait pour en discuter. Mais il cachait toujours quelques cartes dans sa manche. Vous apprenez à devenir un peu paranoïaque dans ce business, je présume, même si je ne voyais pas pourquoi il le serait à mon sujet. J’étais toujours très ouvert aux idées”.

Six semaines après le concert de Drury Lane, Ray avait écrit et séquencé un potentiel double album. Les séances d'enregistrement ont commencé à l’antre habituelle des Kinks du Nord de Londres, les Morgan Studios, à Willesden, et à la fin du mois de Mars, les ingrédients de base de la série étaient achevés.

Une autre tournée Américaine interrompit les sessions, mais Ray avait approuvé deux morceaux en tant que singles pour accompagner les concerts : One of the Survivors et Scraphead City. Mais quand il est retourné en Grande Bretagne début Mai pour entreprendre le mix des bandes de Preservation, ce qu’il entendit le déçut et le découragea. Il prit la décision de jeter l’album et de recommencer. On signala à RCA records que la sortie de la mi été était désormais d’un optimisme on ne peut plus téméraire, et Davies réunit les Kinks à leur récemment ouverts Konk Studios pour la tâche ardue de réenregistrer pratiquement chaque chanson.

Plutôt que de reprendre leur tentative de bourrer l'ensemble de la saga sur deux LPs, les Kinks ont complété et mixé un disque, délivrant Preservation Act 1 à la fin de l’été.

En conséquence, le projet de Preservation et la perception du public de celui-ci ont à la fois été transformées. L’album ne disait plus une histoire complète ou cohérente : au lieu de cela, Preservation Act 1 servirait de prologue pour la bataille à venir. Laissant largement la partie narrative au second volet, le disque sorti en Novembre 1973 était nécessairement énigmatique.

Le décor, au moins, était-il sinistrement clair ; un pays entier avec son Village Green, dans lequel les citoyens se sentent étrangement mécontents, menés dans une compétition les uns les autres les entrainant vers des buts ne ressemblant pas à grand chose de plus qu’un mirage. Après la fanfare sans paroles de Morning Song, Daylight émerge, exposant des scènes évoquant l’album original Village Green Preservation Society : les banquiers d’âge mûr se cassent le dos et souhaiteraient redevenir jeunes et adolescents / les vieilles filles solitaires rêvent d’un rencard avec Roger Moore ou Steve McQueen (middle-aged bankers crack their backs and wish they were young and in their teens / Lonely spinsters dream of dating Roger Moore and Steve McQueen ).

Mais il y a du changement dans l’air / la météo ( There’s A Change In The Weather ) – une manière merveilleusement britannique d’exprimer le mécontentement social qui menace de conséquences apocalyptiques : voyez l’holocauste se soulever à l’horizon…le mal s’apprête à frapper / des incidents se couvent (See the holocaust rising over the horizon…there’s going to be evil doing / there is trouble brewing ). Des chœurs portent plainte contre l’argent et la ( sa ) corruption ( Money And Corruption ), mendiant à ce qu’on [lui] montre un homme qui serait [son] sauveur (Show us a man who’ll be our Saviour ). Et cet homme apparaît : je m’imagine un jour où les gens seront libres / et où nous vivrions dans une nouvelle société (I visualise a day when people will be free / and we’ll be living in a new society ).

Le Sauveur autoproclamé est Mister Black, et Here Comes Flash identifie le dictateur titulaire qui sera son ennemi. L’album se clôture avec Flash et ses complices gloussant de la destruction planifiée de Village Green et tout ce qu’elle véhicule : nous raflerons toutes les cottages / et chaque maison et chaque rue / jusqu’à ce que nous ayons tout ce dont nous avons besoin…alors le temps sera venu pour la démolition (we’ll buy up all the cottages / and every house and every street / Until we’ve got everything we need…then it’s demolition ).

Se sont glissées dans ce scenario les chansons ayant attiré la plupart des auditeurs. Parmi lesquelles One of the Survivors, un rock classique des Kinks qui a évolué à partir d'une séance de répétition, et ravivé l’un des personnages de l’album Village Green, Johnny Thunder ( il s’agissait aussi du seul morceau des sessions de Mars à apparaître sur l’album, bien que sous une forme remixée ). Cricket permit au vicaire ( Vicar ) de distribuer des clichés au sujet de dieu et le Demon Bowler dans un pastiche méchant de l’Eglise d’Angleterre.

Mais la figure dominante de Preservation Act 1 n’était pas juste un réfugié du paysage politique, mais un représentant évident du créateur de l’album. Les trois chansons de The Tramp ( le clochard ) – Sweet Lady Genevieve, Where Are They Now et Sitting in the Midday Sun – étaient aussi poignantes et attendrissantes que quoi que Ray Davies ait jamais écrit.

Peter Dogget.

L'album chanson par chanson

1) Morning Song

12,5/20


Ce morceau qui était effectivement en en-tête de l'album à l'origine, est une assez quelconque quoique pas désagréable du tout introduction à la saga Preservation. Je le qualifierais d’instrumental dans la mesure où seuls y figurent des chœurs féminins et une voix masculine (celle de qui, je l'ignore), et une instrumentation plus complexe qu’il n’y paraît et cependant très légère.

 

Il faut accepter d'imaginer un peu le décor et de s'immerger soi-même dans un autre univers pour s'y attacher ; dans ce cadre, il est intéressant si l'on pense à l'album comme à une présentation de l’ensemble des personnages du concept qui se révéleraient au fur et à mesure que le jour se lève.

 

Une piste atmosphérique.

2) Daylight

15/20


A mes yeux, celle-ci a toujours sonné comme le véritable début de l’album, après les deux chansons introductives – comme si le jour se levait sur l’album -.

Après un début doux, un peu timide et répétitif bien que soutenu par des chœurs pour le refrain ( hé c’est une ballade !) la chanson achève de se réveiller avec ce que j’appellerais le pont où les cuivres trouvent une juste place, et qui apporte réellement une ascension dans la chanson ( les fameuses montées d’accords…). Le deuxième, notamment, colportant des paroles d’un plutôt bon crû qui définissent les aspirations des habitants : les vieilles filles solitaires rêvent d’un rencard avec Roger Moore ou Steve McQueen (…) les élèves rêvent du Capitaine Scarlet, d’avions et de navires de guerre. Amusant, attendrissant. Et réaliste, aussi.

Le refrain étant malheureusement court, la chanson donne l’impression de ne compter que deux parties qui se succèdent…et cela me fera dire que c’est une bonne petite chanson, qui aurait peut-être pu avoir encore plus de souffle.

Daylight en tous cas ne serait honteuse sur aucun album des Kinks.

3) Sweet Lady Genevieve

13,5/20


On peut lire à peu près partout où l’on parle de Preservation Act 1 que Sweet Lady Genevieve serait le chef d’œuvre caché des Kinks. Bon, hé bien, il ne faut pas vous raconter de bobards plus longtemps.

J’ai longtemps eu beaucoup de mal à apprécier ce morceau à sa juste valeur, j’estimais qu’il faisait réellement vieillot –l’harmonica omniprésent peut-être ?-, mais ce n’était plus du au style des Kinks cette fois : je trouvais réellement que Ray Davies essayait trop de faire du Kinks.

Mon point de vue a été biaisé par la lecture de X-Ray : considérant la facette biographique de la chanson, j’ai fini par écouter la chanson avec d’autres oreilles, des oreilles d’indulgence, pour apprendre à l’apprécier.. Ce n’est pas une chanson désagréable donc, mais c’est, d’après moi, à trop grande proportion une chanson à paroles, concédant à sonner un peu creux par endroits pour satisfaire le texte. Ce n’est certainement pas le chef d’œuvre caché des Kinks ( un titre que l’on aime bien décerner à tort et à travers ) mais une assez bonne chanson de remplissage dans un album ( entre un Some Mother’s Son et un Brainwashed, si vous voyez ce que je veux dire ).

Voici les premiers vers de la chanson :

Il était une fois sous un ciel écarlate / Je t’ai dit des mensonges sans fin / Mais c’étaient les mots d’un ivre vagabond / Qui savait pertinemment qu’il briserait ton cœur d’ici peu / Oh pardonne moi, Genevieve / Maintenant je suis revenu pour voir, Sweet Lady Genevieve

( Once under a scarlet sky / I told you never ending lies / But they were the words of a drunken vagabond / Who know very well he would break your heart before long. / Oh, forgive me, Genevieve. / Now I’ve come back to see, sweet Lady Genevieve ).

Et voilà ce qu’en dit Ray Davies dans son ouvrage :

« Cette chanson me rappelle toujours mon anniversaire de 1973 (…).Ils t’abandonnent toujours le jour de ton anniversaire. Les anniversaires sont les jours où ils réalisent qu’ils ne peuvent plus jouer sur les fausses émotions, ils ne peuvent plus faire semblant d’être heureux mais, intérieurement, ils pleurent pour trouver une échappatoire. C’est aussi comme ça à noël, c’est comme n’importe quel anniversaire : ça veut dire qu’ils doivent être à tes côtés et être heureux (…). Les femmes, les épouses, les amantes, les musiciens, même (…). J’allais te parler de l’Amérique et je le ferai, parce qu’au fil des années l’Amérique a été une source de grands triomphes et échecs, et d’une certaine manière ça a toujours eu cet effet dépravant sur moi. Cette chanson, Sweet Lady Genevieve, était ma dernière tentative désespérée de m’excuser à ma femme pour tout le tort que je lui ai causé (…). Le problème avec le fait de commencer une relation à cause d’une erreur, c’est qu’une erreur est comme un mensonge, tu continues justes à construire dessus en maquillant la précédente . Comme tu peux l’imaginer, c’est difficile pour moi de confronter les choses. C’est pourquoi je dois quasiment sortir de moi même pour expliquer ».

4) There’s A Change In The Weather

14,5/20


Ce titre a un je ne sais quoi d’extrêmement accrocheur dès la première écoute. Et cela continue jusqu’à la dernière écoute. Il faut dire que sa structure, originale, aide en cela.

Bon, j’aurais pu en rester là mais…disons qu’on sent une réelle envie de bien faire sur cette chanson, pas toujours présente sur le reste de l’album, et une audace positive – c’est à dire pas totalement téméraire ! -. Comme de nombreuses chansons des Kinks qui font mouche dans mes oreilles, elle comporte ce fameux truc du changement de tempo…et une structure relativement complexe, à plusieurs atmosphères, qui permet de réécouter le morceau (oui, parfois c’est agréable, quand même !).

Quant aux paroles, hé bien…le titre dit presque tout : remplacez la météo par les classes sociales, et comprenez ce que peut induire un changement de météo pour celui qui est en bas de l’échelle. Voilà.

L’une des vraies bonnes chansons de l’album !

5) Where Are they Now

09,5/20


En temps normal, lorsque Ray Davies s’émeut avec nostalgie du temps passé et des êtres et des choses oubliées, on le suit de bon cœur, presque malgré soi ; on est séduit. Ici, on ne sait pas très bien si Ray Davies croit tout à fait à ce qu’il dit ou s’il joue son rôle de chanteur nostalgique. Ça ne peut pas marcher systématiquement…

Comparée à ce dont Ray Davies est capable dans ce registre, cette ballade est plutôt médiocre ( d’autant qu’il s’agit d’un piano voix minimaliste, et l’on peut très vite avoir une sensation de déjà entendu avec ce type de chansons ).

En tous cas, il est évident que les personnages cités dans la chanson ont bel et bien disparu de la circulation car la plupart d’entre eux, sinon Mary Quant par exemple, sont de parfaits anonymes aujourd’hui…

6) One Of The Survivor

13,5/20


L’un des classiques rock des Kinks, si l’on en croit le livret. Je ne sais pas, mais le morceau donne une impression de déjà entendu - sans qu’on puisse citer un quelconque morceau ; plus un melting pot d’influences - qui donne envie de croire qu’il s’agit effectivement d’un classique de toutes manières. L’autre élément donnant une impression de déjà entendu est l’évocation du motard de Village Green : Johnny Thunder, le vrai de vrai, l’un des survivants. Bon.

Un morceau déjà entendu, mais sûrement pas prévisible ; il y a au menu des changements de tempo qui apportent de la variété au morceau et chassent l’ennui ( s’il guettait ). Rien d’extraordinaire cependant.

Ce n’est clairement pas un morceau désagréable, et il est bienvenu sur un album qui pour avoir des dehors groovy n’est pas pour autant rock. Bon, et j’oubliais : certainement pas l’un des plus grands morceaux des Kinks –même rock-…

7) Cricket

08/20


Une chanson nonchalante dans le pur style Daviesien. Ce qui est drôle sur cet album, c’est qu’à chaque fois que Ray Davies semble tenter d’être typiquement Daviesien, il semble également laxiste et manque la cible [ à mon avis ].

Mis à part le chant théâtral de Ray Davies interprétant le vicaire, amusant par ci par là ( sa prononciation de ça a de l’honneur, ça a du caractère et c’est britannique ), la chanson, répétitive et servie par un tempo lent, n’est vraiment pas à la hauteur du talent de son compositeur. Il s’agit surtout d’une chanson à texte amusante faisant une comparaison amusée du cricket et de la religion, j’imagine.

8) Money & Corruption / I am your Man

16,5/20


Les choses très sérieuses commencent tard sur cet album, mais elles commencent bien. Cette fois, c’est le véritable Raymond Douglas Davies qui est l’auteur de la chanson : celui qui est capable d’aligner les bonnes paroles pour la bonne chansons, celui qui a appris des trucs de compositeurs et qui les dispense au bon moment dans sa chanson, celui qui ose des structures inhabituelles.

Il est question ici d’un peuple las d’être ignoré dans ses revendications, et attendant l’homme de la situation, d’où le /I’m Your Man du titre ; l’homme en question se présentera avec son projet de société idéale dans la deuxième partie de la chanson qui s’apparente à un medley ( il eut peut-être été préférable, simple suggestion a posteriori, d’en faire deux pistes sur l’album, à la Abbey Road, et de supprimer l’une des chansons médiocres…voilà le problème des concepts albums : supprimer une chanson médiocre, c’est supprimer un pan de l’histoire…).

Le morceau est nerveux, a une sonorité médiévale tout à fait adaptée à la situation, à mon goût ( le peuple qui a faim joue le rôle du peuple qui a faim ; le chef d’état se prend pour un roi etc…vous voyez ? Je suis sûr que vous voyez !). Je dois également confesser n’avoir jamais été tellement amateur de l’implication de chants féminins dans un gro

upe de rock mais cet album s’y prête le plus souvent pour le meilleur - et s’y prêtera en concert -, et ces chœurs féminins vont bien à la chanson. Le groupe semble y croire, ici. ( Je déplorerais seulement les trompettes sonnant un peu ska ici et là…enfin !).

La deuxième partie, entamée par une brute transition piano voix, convainc tout à fait, contrairement à d’autres passages de ce type sur l’album. Aucune des deux parties de la chanson n’est négligée : le morceau est original, intéressant à tous points de vue, il est le plus long de l’album avec ses 6 minutes mais en tire parti pour le mieux. Le sommet de l’album avec Demolition. Un sommet sur un plat pays, diront les mauvaises langues…

9) Here Comes Flash

15,5/20


Suis-je la seule personne pour laquelle le riff de cette chanson évoque celui de Killing An Arab des Cure, sorti 4 ans plus tard ?…juste par curiosité. Bon, à part cette petite comparaison ; rien à voir entre ces deux chansons.

Le morceau des Kinks est beaucoup plus léger et ressemble à une bouffée d’air fraiche dans l’album, comme pouvaient l’être ailleurs un She’s bought a hat like Princess Marina ou un Mister Pleasant, avec le même côté frénétique dans le chant. L’atmosphère musicale est celle d’un générique de dessin animé, et l’atmosphère des paroles est celle de la présentation du méchant dans un Comics, en plus cru. Un bon moment de divertissement à savourer !

( En plus d’être un morceau intéressant sur l’album, Here Comes Flash est un exutoire efficace en concert mettant bien en valeur la voix du brother Dave, ainsi qu’un bon prétexte à une interprétation des paroles libre et théâtrale libre de la part de Ray ).

10) Sitting in The Midday Sun

10/20


Cette ballade – promenade? - casse un peu la dynamique de l’album tout à coup, mais je suppose qu’il fallait bien le mettre quelque part…

Doux certes, relativement inoffensif à tous points de vue, il est le morceau où, disons, Ray Davies s’imite le mieux. Il ne laisse pas tout à fait indifférent, il n’est pas franchement désagréable ni franchement agréable, il manque juste d’un réel enthousiasme. Un peu trop long toutefois à mon goût – probablement pour pouvoir chanter l’intégralité du texte de la chanson -


Présent pour sa rareté, cet extrait du clip de Sitting In The Midday Sun que je viens de découvrir...


11) Demolition

17/20


La meilleure chanson de l’album à mon avis. Chaque instrument convainc ici, il y a une bonne dynamique, un enthousiasme contagieux, une irrévérence jouissive et un groove bien dosé mais jamais artificiel ( contrairement là encore à d’autres passages de l’album assez poussifs…). L’intro accroche et la chanson ne vous lâche pas jusqu’à l’ad lib ( peut-on appeler ça un ad lib ? oui, non ? ) final.

Cette chanson, du point de vue des paroles, est une cousine de Brainwashed dans le sens où elle s’inscrit non sans cynisme contre la déshumanisation du

monde engendrée par le capitalisme, cette nouvelle religion matérialiste qui peut tout acheter et détruire à son gré, avec ses combines. Le dernier vers résume et ironise parfaitement la chose, non sans une fausse ingénuité mélodique assez jubilatoire : et nous raflerons toutes les villes et nous les démolirons pour construire un monde à notre image.

A mon avis, Ray Davies a pertinemment conscience de la qualité de cette chanson comme de son final ; autrement, il ne l’aurait pas utilisé à de si nombreuses reprises dans Preservation 2. Dont acte ( hé hé…c’est drôle n’est-ce pâs ?…).

Note de l’album :

14/20


Un quatorze solide pour cet album : l’ensemble, mis à part quelques faiblesses ( voir les notes…), s’écoute avec plaisir , est épaulé par quelques très bons – à défauts de grands – moments musicaux et a une réelle identité originale, dont témoigne une homogénéité sonore globale remarquable comme sur de nombreux de leurs albums - tous à cet époque là -.

Une œuvre agréable, en substance, à laquelle tout ce qu’il manque définitivement est la présence d’un grand hit populaire à la Sunny Afternoon ou Lola qui réconcilierait le public avec les dehors peu avenants du...concept ( comprendre également, là : de la pochette !! )

Un concept album qui ressemble finalement à une période où Ray Davies compte faire ce qu’il lui plaît, réaliser ses projets, ses audaces, au mépris du succès commercial, ce qui engendre d’intéressantes idées musicales parfois et de ponctuels ratages d’autres fois…

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surfer dan 22/06/2011 11:37


Bonjour, je découvre votre site via le site on officiel anglais. Bravo ! J'étais membre de la Kinks French konnektion qui éditait Kuppa Kinks. Bon j'ai un epu parcouru au hasard. Quelques petites
remarques : Préservation 1, : le morceau Preservation n'est pas sur l'album original mais était joué en concert. Aussi Morning Song était l'intro de l'album et non un intermède musical. En tout cas
c'était ce qu'on ressentait quand on découvrait l'album à l'époque. Autre chose : Mr Songbird : je crois que vous n'indiquez pas de parution officielle. Il y en a une : cette chanson figure sur la
version française de VGPS (et je crois aussi sur une autre, la version danoise peut-être). Car Vogue a sorti le disque avant que Ray davies arrête la machine. Voilà. Encore bravo pour votre blog. A
bientôt. SD


Fletcher Honorama 22/06/2011 13:44



Bonjour,


Merci beaucoup pour votre commentaire qui m'aura permis de rectifier quelques imprécisions !



Je suis un peu désolé de voir que je n'ai pas respecté mon propre cahier des charges pour Preservation Act 1 puisque je suis de toute façon supposé chroniquer les albums tels que parus à l'époque
; il faut dire que lorsque j'ai écrit l'article, je débutais seulement lesdites chroniques et disposais de moins de sources. J'ai voulu réécrire partiellement et corriger orthographiquement
certaines de ces premières chroniques il y a une paire de mois, mais un bug de la plate-forme m'en a dissuadé en effaçant toutes mes modifications (...). C'est, cela dit, clairement à refaire.



Preservation la chanson trouvera sa place dans un article dédié aux singles et autres bonus des albums CDs, comme c'était prévu au départ. En effet, Morning Song gagnerait beaucoup à garder sa
place d'introduction ! Quel dommage...Il eût suffit de décaler Preservation en fin de disque, comme pour tous les autres albums, mais on a sans doute pensé qu'il se trouvait une bonne place en
tant que générique. C'est un point de vue (...).



Je vérifierai sources à l'appui (lorsque ce sera possible) quant aux publications officielles de Mr Songbird car j'aimerais ne pas remplacer une coquille par une autre coquille, en étant bien
certain notamment qu'elle figure sur la version danoise de VGPS.



Je vous remercie pour vos éloges sur mon travail même si, comme on voit, tout reste susceptible de perfectionnement...



Disposez-vous de copies numérisées du "fanzine" Kuppa Kinks ? On pose parfois ce blog (qui veut et parvient je crois à prendre tous les airs d'un site) en tant que "site français sur les Kinks",
bien qu'à mon avis il manque d'archives et reste trop incomplet à mon goût (faute de temps à lui consacrer, et ça ne va pas en s'arrangeant), et j'ai en tête depuis un certain temps d'accompagner
mes chroniques de scans de revues de l'époque pour situer le groupe dans son temps et rendre un peu l'écho de la presse et des fans. J'ai déjà lu l'un de ces numéros et y ai trouvé un peu tout ce
que je cherche à faire ici : chroniquer rigoureusement les albums ; donner de vraies informations et livrer de bonnes traductions. Vous aviez l'avantage de l'époque c'est sûr (rire) mais vous
réalisiez aussi un travail important et avec de meilleurs traducteurs (...), d’après ce que j’ai pu lire. Accepteriez-vous de m'en faire parvenir quelques-unes ? (Est-ce possible, etc. ?). 
Ce pourrait être un bon complément pour les visiteurs, et un "juste retour historique" pour vous (sans parler de ma propre curiosité !…), d’autant que les démarches sont assez similaires. Je vous
remercie en tout cas.



A bientôt !