Chronique Kinks : Introduction à l'album The Kinks Are The Village Green Preservation Society ( 1968 )

Publié le par Dimitri Dequidt

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Introduction

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Projeté tour à tour comme un album solo de Ray Davies, un amas de chansons destiné à son usage intime ( le reste de ma chronique vous éclairera ), un album des Kinks, un double album des Kinks, une représentation scénique…The Kinks Are ( finalement ) The Village Green Preservation Society, l’oasis musical obsédant de Ray Davies, est la drôle d’aventure d’un groupe dont le compositeur est plus prolifique que jamais et dont la guigne commerciale comme l’indécision politique et les ennuis sont plus préoccupants que jamais. L’aventure de chansons qui, lorsqu’on décida enfin de les publier au compte des Kinks, purent dire adieu à un membre dudit groupe ( puisque l’année 1968 précipita le départ de Quaife ), et qui, lorsqu’on se décida enfin à les publier en Septembre 1968 sous le nom que l’on connaît aujourd’hui, furent retirés par Davies au dernier moment pour un revirement de tracklisting de dernier minute, fatal à toute impulsion commerciale, avant de finalement sortir en Angleterre le 22 Novembre 1968 dans un quasi anonymat qui le fit depuis rentrer dans la légende…

Le Village Green fut également, accessoirement, le terrain de jeu des deux albums Preservation à partir de 1973 qui, musicalement, n’auront pas grand chose à voir même s’ils présenteront un certain intérêt et reprendront avec opportunisme le personnage Johnny Thunder, par exemple…mais c’est une toute autre histoire.

Traduction du booklet original


The Village Are The Village Green Preservation Society aurait difficilement pu être moins en phase avec son époque. « Tandis que le monde entier gravitait autour des mots Peace, Love et San Francisco », écrivit Ray Davies dans X-Ray, « les Kinks étaient en banlieue Londonienne entrain de faire cette étrange petit disque à propos d’un imaginaire Village Green. Tandis que tous les autres pensaient que la chose la plus tendance à faire était de prendre de l’acide et autant de drogues que possible en écoutant de la musique dans le coma, les Kinks étaient entrain de chanter des chansons à propos d’amis perdus, de bières blondes, de motards, de vilaines sorcières et de chats volants ».

Pour un disque trempé dans une nostalgie gentille et pleine de regrets, Village Green a émergé dans une période d’immense tumulte dans la carrière des Kinks. Malgré le rigoureux contrôle de qualité appliqué par Dave à leurs LPs, ils étaient généralement considérés comme un groupe à singles. Quand le délicat et subtil Wonderboy a fait un flop, l’industrie a prétendu que le groupe était sur le déclin.

Par conséquent, la confusion a entouré la sortie de la fabrication et la sortie de Village Green. Comme la plupart des groupes Britanniques de l’époque, le schéma de sortie des albums des Kinks était très différent en Amérique de ce qu’il était dans leur pays d’origine. Leur relation avec leur label américain, Reprise, a été fracturée lorsque l’Union Américaine des Musiciens les a bannis après d’indéterminés écarts de conduite en 1965. En Angleterre, Pye Records se sont convaincus que les Kinks étaient une basse priorité après Wonderboy.

Tandis que les Beatles pouvaient sortir exactement ce qu’ils voulaient simultanément de par le monde, les Kinks étaient forcés d’adapter chaque album aux marchés Britanniques et Américains. En Septembre 1968, Ray Davies a délivré deux LPs différents à Pye et Reprise. Le label américain a reçu les bandes d’un album intitulé Four Respected Gentlemen (nddd : intitulé ainsi en raison du succès du single Well Respected Man outre Atlantique ) ; et Pye a reçu le Village Green original.

A ce moment, le dernier ne contenait que 12 pistes ; Four Respected Gentlemen seulement 11. Les bandes de Village Green ont été envoyées aux critiques début Septembre, et le fanatique des Kinks Keith Altham se devait d’écrire un article brillant. Décrivant le disque comme le « Musée musical personnel de Monsieur Davies », il a proclamé « cet album vaut l’achat pour au moins une seule très bonne raison – la chanson titre, qui est une pépite des Kinks. Elle aurait très bien pu faire un single, et même un single numéro 1 ».

Ce fut une invitation pour Pye de faire tous les efforts possibles de promotion. Des publicités sont apparues dans la presse la semaine d’après – mais pas le disque, qui avait mystérieusement disparu. Quasi sans un mot pour les médias, Pye avait annulé sa sortie, à la requête de Ray Davies, qui avait décidé que la liste de 12 pistes n’était pas tout à fait parfaite.

En plus de ces douzaines de pistes, 5 autres ont été préparées pour rejoindre l’album Four More Respected Gentlemen – ainsi que d’autres déjà en boite. Davies a essayé de convaincre Pye de le laisser sortir un double album de 20 chansons, au prix d’un simple. Mais Pye ont jeté un œil aux chiffres de vente du des deux derniers LPs des Kinks, et ont refusé.

Au lieu de quoi il remania Village Green en un album de 15 pistes que vous avez là.
Il envoya rapidement à Pye le master révisé – et à Reprise à New York, qui ont annulé Four More Respected Gentlemen, et se sont préparés à sortir le nouvel album à la place.

Le 22 Novembre 1968, Village Green est finalement arrivé dans les boutiques britanniques – sans la moindre annonce dans les médias. Il n’y eu pas de single d’accompagnement, et une seule brève interview pour la BBC Radio One’s Saturday Club. Alors que la grande presse nationale s’attroupait pour acclamer les nouveaux albums des Beatles et des Stones, Village Green s’éclipsait sans bruit.

Ce fut une tragédie, car Village Green était une collection renversante de quelques une des chansons les plus personnelles – et, en 1968, des plus pertinentes – de Ray Davies. Il a depuis décrit le disque comme un « un geste d’adieu aux Kinks », et effectivement ce fut leur dernier album où l’on put entendre le bassiste original, Pete Quaife. De manière plus importante, toutefois, c’était un état des lieux de la vie britannique au cœur des turbulences de la fin des années 60, un appel à la nation de défendre fermement les qualités qui avaient fait sa splendeur.
Le projet commençait par Village Green, écrite en 1966, qui décrivait un endroit de refuge imaginaire à l’abri de la folie du monde de la pop. Deux années plus tard, Ray a écrit le morceau cousin qui donnait son titre à l’album, et son manifeste.

Ailleurs sur l’album, Davies mettait le doigt sur la nature passagère de la célébrité ( Do You Remember Walter, People Take Pictures Of Each Other ), satirisait sa propre insécurité ( All Of My Friends Were There ), et a imaginé une succession de refuges contre les nuages menaçants ( Animal Farm, Sitting By The Riverside ).

Le morceau le plus dessertissant pour le public était la douce amère Picture Book, avec son vers introductif : « Picture yourself when you’re getting old » ( imagine toi quand tu seras vieux ). C’était la dernière chose que voulait faire le fan de pop moyen en 1968.

La plupart de la musique pop de premier choix évoque plusieurs émotions contrastées à la fois, et le courage tranquille et le triste divertissement de Big Sky et Animal Farm provoquent le rire comme les larmes. « People Take Pictures of Each Other » ( les gens prennent des photos les uns des autres ), écrit ailleurs Ray, « just to prove that they really existed » ( juste pour prouver qu’ils ont réellement existé ). Si tout ce que nous connaissions des Kinks était cet album, ils existeraient encore comme l’un des plus grands groupes de tous les temps.

Peter Doggett.

village-green-deluxe-portrait-m-daillon.

Sgt.Pepper Preservation Society?...


Bien que sorti après lui – et même, le jour de sortie de l’album blanc dans un premier temps -The Kinks Are The Village Green Preservation Society – auquel je me référerai plus commodément par ses quatre derniers mots – est fréquemment comparé au Sgt. Pepper Lonely Heart’s Club Band des Beatles. Pourquoi ?…J’ai pensé qu’il valait la peine d’ouvrir une rubrique de réflexion : l’occasion aussi de citer les Kinks se positionnant dans l’univers impitoyable de la pop, bouleversée par l’album des Beatles…

Alors, pourquoi ? Parce que leurs noms respectifs sont interminables ?…l’argument ne tient pas un paragraphe mais c’est un premier point, un premier point nostalgique : car, pendant que la fanfare des cœurs solitaire du sergent poivre se veut un titre pastiche des titres à rallonge des groupes américains du début des années 60, la Village Green Society se veut un rappel aux choses du passé qui valent encore aujourd’hui…ce qui nous ramène quand même à une impression de nostalgie commune.

Mais l’argument de comparaison basique est plus simple : parce qu’il est d’usage de dire que ces deux albums sont les chef-d’œuvres respectifs de ces deux groupes. Prenons cette citation de Pete Townshend des Whos et parmi les fans de la première heure des Kinks, datée de 2004 : « pour moi, Village Green Preservation Society est le chef d'œuvre de Ray. C'est son Sgt. Pepper, c'est ce qui fait de lui le lauréat définitif de poète de la pop ». Sgt. Pepper étant considéré comme le mètre étalon de la pop, celui qui déterminera la valeur de tous ceux à venir, on peut déduire de cette phrase que Village Green est au moins, à sa manière, le mètre étalon des albums des Kinks…et peut-être qu’OBJECTIVEMENT parlant, c’est vrai des deux albums.

Vrai, à la différence près que là où Pepper est perçu comme l’icône de la fin des années 60, du psychédélisme, de la libération des mœurs - le chef d’œuvre d’une époque, Village Green Preservation Society se présente comme un hymne conservateur, un hommage à un certain folklore britannique, notamment dans la chanson titre, ayant disparu comme disparaît un accent provincial. « Alors que d’autres auteurs arrachaient de manière métaphorique le vieux en faveur du nouveau », écrit Dave Davies dans Kink, « les Kinks essayaient d’indiquer un futur où les bonnes choses du passé pourraient être mêlées aux choses nouvelles et radicales. La révolution, à notre sens, si effectivement il devait y en avoir, ne pouvait pas se passer purement en nous libérant complètement des attaches de notre passé, notre culture (…). Dans un sens, l’album Village Green encapsulait tous ces sentiments. C’était un album (…) aux prises avec une plus large réalisation qui prenait en compte l’équilibre social, environnemental et politique». Mais la mode ne se soucie guère de telles nuances et le message des Kinks, brouillé de multiples manières, moins sexy qu’un Revolution ou un Street Fighting Man, moins bruyant et moins aérien qu’un Woodstock, ne passe pas…

« C'était un projet qui était soit en avance sur son temps, soit tout simplement en dehors du temps! » dit encore Dave Davies, laconiquement. « Personne n'écrivait sur les genres de choses que Ray écrivait, les rockers ne chantaient que sur la destruction de tout ; si c'est nouveau, ça doit être bien, vous voyez? Mais ce qui est si particulier avec Village Green c'est que ça parle d'espoir, de considérer les choses du passé qui restaient utiles dans le présent, plutôt que de tout dénigrer pour le salut du changement. Ces idées ne sont pas venues à la mode avant les années 90 ».

Entièrement replié sur l’Angleterre à une époque où les anglais sont obsédés par la modernité qui semble ne pouvoir venir que des Etats-Unis, Village Green Preservation Society est la consécration de la période Englishness des Kinks, née du bannissement des Kinks là-bas par la fédération des musiciens, qui, comme l’a confié Ray Davies : « a eu un profond effet sur moi, me poussant à écrire quelque chose de particulièrement anglais, et d'une certaine manière me [ faire ] considérer mes propres origines plutôt que mes inspirations américaines. J'ai réalisé que j'avais ma propre voix et qu'il fallait l'explorer, la sortir de sa réserve ». C’était là l’erreur commerciale et le charme des Kinks que de ne pas savoir oublier leurs origines…« C’est triste que les anglais aient toujours essayé de concurrencer l’Amérique », a d’ailleurs noté Dave dans son autobiographie. « Il n’y avait pas de problème avec nous en premier lieu. On avait juste besoin d’élargir nos horizons, c’est tout ». Mais pendant l’introspection des Kinks, qui au passage tâtèrent le pouls de l’Angleterre, les Beatles conquirent l’Amérique, firent et défirent les modes…et raflèrent tous les suffrages avec leur Pepper.

Et là où Sergent Pepper disait tout ce que tout le monde avait envie d’entendre, Village Green n’en disait rien. Car il s’agit pour Pepper, outre de qualité musicale – ne négligeons pas le cachet unique d’un A Day In A Life ou d’un She’s Leaving Home confinant à la musique classique la plus évidente – de rencontre unique entre des artistes et l’état d’esprit de leur génération, validée par quelques chansons extraordinaires et, c’est proverbial désormais, des ventes colossales et une pochette restée légendaire. Rattaché au mouvement psychédélique par tous ses commentateurs, le chef d’œuvre du groupe le plus populaire d’alors démoda donc définitivement tout ce qu’allaient – maladroitement…- sortir de moins en moins sérieux rivaux commerciaux Kinks par la suite.

Une autre piste intéressante à suivre dans l’optique de cette comparaison est l’inévitable formule du concept, revendiquée par les deux partis. tous deux des concept albums, reposant sur un thème principal - qui sera le groupe virtuel chez les Beatles et la préservation chez les Kinks - , s’articulant autour de personnages récurrents – Billy Shears ici ; Daisy là - et montrant des accointances chez les deux groupes, pour la première fois concrètement. Je parle là de proximités structurelles, thématiques comme musicales.

Structurelles d’abord : comme Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band, qui comprend les titres Sergent Pepper Lonely Hearts Club Band et Sergent Pepper Reprise, l’album Village Green Preservation consacre deux des chansons de son tracklisting à son thème principal, lesquels sont Village Green Preservation Society et Village Green.

Thématiques ensuite : premièrement, chacun des deux albums comporte une piste Caroll Lewisienne, empruntant directement au monde de l’enfance et du conte : il s’agit de Lucy In The Sky pour les Fab Four, chanson écrite par Lennon à partir d’un dessin de son fils Julian, et dont les couplets sont prononcés de manière quasi monosyllabique, tels une récitation ; et de Phenomenal Cat pour les Kinks, chanson écrite par Davies ( ah ah ! ) à la manière d’une berceuse alors qu’il était jeune papa, et dont la prononciation trahit également des réminiscences à l’enfance.
Deuxièmement, les Beatles ont emprunté sur Sgt. Pepper un thème cher aux Kinks : celui de la fille s’enfuyant de chez elle, avec She’s Leaving Home. Encore présent sur Village Green, de manière plus évasive que d’habitude, avec Starstruck, ce thème a émaillé la discographie des Kinks ( Rosie Won’t You Please Come Home, Big Black Smoke, Polly…).

Troisièmement : ne voyez-vous pas un rapprochement entre ces vers « When I’ll get older losing my hear many years from now ? » ( quand je serai plus vieux et perdrai mes cheveux dans bien des années ) et ceux-ci : « Picture yourself when you’re getting old » (Imagine toi comment tu seras quand tu seras vieux ) ?…il me semble à moi que When I’m Sixty Four n’est pas étrangère au monde d’un Picture Book !

(Quatrièmement : oserais-je faire un parallèle entre la chaîne alimentaire réalisée de Good Morning et Animal Farm ?...non, non, je garde ça pour moi ).

Musicalement parlant enfin, on peut voir un trait d’union évident entre un McCartney et un Ray Davies : le Music Hall ! When I’m Sixty Four - que je viens de citer - et Lovely Rita sont en cela présentes sur Sgt Pepper là où, à tout hasard et dans une tonalité différente, un All Of My Friends Were There et un People Take Pictures Of Each Other ( écoutez donc ses dernières secondes en version stéréo ! ) sont présent sur un Village Green Preservation Society.

Reste un élément non négligeable mais qui doit peut-être plus à la mémoire collective : le mellotron, découvert par beaucoup d’entre nous sur le single Strawberry Fields Forever des Beatles, précédent l’album Pepper, qui est proéminent sur l’album Village Green ( qu’on pourrait quasiment surnommer l’ album mellotron des Kinks ).
Sans chercher à donner dans l’historique, les deux groupes se sont tout de même, chacun à leur façon, quand même bien amouraché de l’instrument : les Beatles avec Tomorrow Never Knows, Strawberry Fields Forever, The Continuing Story Of Bungallow Bill, et les Kinks avec plusieurs morceaux de Village Green mais aussi Lavender Hill, Did You See His Name et même le mystérieux saxophone final de Berkeley Mews…Un prétexte de Davies pour cet abus de Mellotron Mark II ?…Mais bien sûr : « Avant l'arrivée des synthétiseurs, le mellotron était un super moyen d'accès à des sons de cordes ou de flutes. En tant que son, ça donnait au disque cette caractéristique de folk anglais. La saveur de la musique était très acoustique, et beaucoup d'entre elle a été écrite au clavier. Et puis c'était plus facile pour moi de les jouer plutôt que de faire appel à des flutistes. Nous avons eu une véritable section cordes pour Village Green, mais c'était le gabarit pour le reste du disque, et nous étions capable de tirer ces sonorités avec un mellotron ». Voilà pour les analogies entre ces deux chef-d’oeuvres qui me sont, un jour ou l’autre, venues à l’esprit.

Mon dernier mot, finalement, sera pour dire que là où ces deux albums se montrent absolument incomparables, c’est dans le fait que l’un était celui d’un groupe clairement soudé autour de deux compositeurs ( Lennon-McCartney ), un producteur d’expérience ( George Martin ) qui tirait le meilleur de chacun et affinait les arrangements, dont la promotion et les affaires étaient gérées par un homme d’affaire ( Brian Epstein ) soucieux de leur réussite comme de leur bien-être, dont la maison de disque était la plus prestigieuse ( EMI ) et était prête à financer leurs projets les plus fous ( orchestre pour A Day In A Life par exemple… ) et leur concéder un temps de studio indéfini…et l’autre, celui d’un groupe sujet aux querelles mené par un leader seul ( Ray Davies ) assurant la production lui-même, dont la promotion était maladroite, dont les affaires étaient gérées de manière litigieuse ( procès Danemark contre Boscobel production…), et dont la maison de disque ( Pye ) avait des moyens financiers ainsi qu’une confiance en eux limités ( considérant éternellement le groupe comme un groupe à singles ) et ne leur concédait, de leurs deux studios à Marble Arch, qu’un temps limité de sessions et dans le plus petit des deux : le Pye Studio 2, où se tint la majorité des séances d’enregistrement pour Village Green. Comme le dit Mick Avory : « Les Beatles pouvaient se claquemurer à EMI pour trois mois et c’était tout, ils pouvaient y vivre, manger et dormir. Mais Pye n’était pas EMI, et nous n’étions pas les Beatles ». Les Kinks se débrouillaient comme il pouvaient, grignotant du temps de studio quand il était disponible, « spécialement en fin de soirée et la nuit », selon Quaife. « C’est pourquoi on a tous l’air endormis sur les photographies, avec des mines grises »…et ce n’est pas de nature à augmenter le niveau des ventes, vous en conviendrez ( !).

Tout cela est sûrement symptomatique de la nuance distinguant les Beatles des Kinks dans le quartet de tête de la pop des années 60, cela même quand leurs niveaux se tutoyaient. L’un est devenu le concept album le plus connu de l’histoire ; l’autre, est devenu le concept album le plus méconnu de l’histoire : ce en dépit d’une qualité réciproque extraordinaire ; quand un chef d’œuvre en éclipse un autre….

Enfin, enfin ! pas de défaitisme, diront les plus grégaires fans des Kinks: « ils ont Penny Lane, à jamais, mais nous avons Waterloo Sunset…pour toujours ! ». Ah, ces fans !…toujours entrain d’essayer de gagner une coupe du monde du bouffage de nez en équipe quand il s’agit d’écouter des chansons géniales…

Processus créatif chez les Kinks

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Il existe quelques pages très intéressantes à ce sujet dans le livre d’Andy Miller, The Kinks Are The Village Green Preservation Society, ponctuées de nombreuses citations du groupe….lesquelles sont tant et tellement nombreuses, et le texte si succinct, que je préfère vous citer ma traduction à la volée.


« Les Kinks répétaient à la manière du clan Davies, réunis autour du piano dans la pièce de devant tandis qu’il les promenait à travers sa dernière composition. Dave : « tous les bons trucs se passaient comme ça. Le téléphone sonnait et Ray disait : Dave, viens voir, j’ai une idée. Je prenais ma voiture, je rentrais chez lui, Rasa préparait une tasse de thé. Il disait : qu’est-ce que tu penses de ça ?…et tu entends Sunny Afternoon et tu peux voir la lumière émaner à travers les rideaux le matin, ça donnait cette sorte de magie aux choses et c’était vraiment comme ça. Ça, c’était la pièce de devant de Ray ».

Comme il faisait rarement de démos de ses chansons pour les donner aux autres membres du groupe, les arrangements étaient travaillés chez lui. Mick Avory avait un kit de batterie spécial capitonné de mousse pour ne pas déranger les voisins. « On devait apprendre les chansons à l’oreille, se souvient Quaife. Ray disait : c’est en Ré, et on le jouait une paire de fois. Il lançait : c’est bon ? et on y allait. Ouais, c’est bon. Ok, la prochaine, et c’est comme ça que ça se passait. Et puis quelques jours après on descendait au studio et on jouait exactement ce qu’on avait joué chez Ray ».
Mick Avory : « on jammait parfois, et Ray réfléchissait à ce qui marchait bien dans ce que jouait le groupe et il pouvait le travailler pour la chanson. On pouvait venir avec quelques idées et il disait : C’est bien ! et l’affinait peut-être un peu. Il enregistrait des trucs pour lui-même sur son petit lecteur cassette et les réécoutait quand il se rasseyait au piano pour écrire à nouveau. Il n’avait pas toujours complètement fini d’écrire la chanson. Il pouvait très bien avoir écrit les paroles ou l’idée de base, mais il voulait faire sonner les choses comme le groupe ».

A l’époque de Village Green, Ray Davies avait pris l’habitude de répéter ou d’enregistrer les chansons sans partager les paroles ou la ligne mélodique avec le reste du groupe [ voir l’exemple de Waterloo Sunset, qu’il a d’abord penser garder pour lui-même et dont il n’aurait révélé les paroles qu’au tout dernier moment : l’enregistrement ! ]. Mick Avory met cette bizarrerie sur le compte de la paranoïa (« Ray ne faisait confiance à personne pour écouter la chanson…Parfois des choses ont été volées. Ça s’est passé » ), tandis que Pete Quaife attribue cela à « Ray jouant les espèces d’idiot. Il l’était comme ça et tu n’avais qu’à l’accepter ». Les deux reconnurent cependant que cela compliquait la vie quand il fallait interpréter du nouveau matériel.

« ça me rendait dingue », dit Quaife. « Tu voulais savoir où allait la mélodie, pour pouvoir monter, descendre, introduire la montée en majeur, et tout ça ». Avory acquiesce. « Dans ses chansons, Ray ne répète pas toujours les choses de la manière courante. C’est bien mieux quand on a les paroles, parce qu’on peut faire des remplissages et des embellissements qui ne vont pas dans le même sens. Parfois on écoutait le morceau final et on pensait : Ouah, je n’aurais pas du faire ça ! ».
Derrière la console d’enregistrement 4 pistes se trouvaient les ingénieurs maison de Pye, Brian Humphries et Alan Mackenzie ( surnommé Mac ). Pete Quaife : « ils étaient affables, très ouverts, mais je ne me souviens pas qu’ils aient contribués à donner des idées. Ils étaient là pour s’assurer que les aiguilles n’aillent pas dans le rouge ».
Bien que Pye fut alors bien équipé, c’était un environnement petit et pas particulièrement luxueux. Quaife : « c’était très sombre. Les murs étaient d’une drôle de sorte de marron foncé. Il y avait un tapis par terre, avec plein de cigarettes éteintes dessus. On ne pouvait pas vraiment voir le plafond car il était de la même couleur que le tabac ». Mick Avory : « Ils ne sortaient pas de leurs habitudes pour rendre l’endroit plus agréable ou pour lui donner une quelconque atmosphère. Ils voulaient que ce soit fait assez vite. On ne pouvait pas y rester trop longtemps.

En règle générale, les Kinks commençaient par former une piste rythmique, composée de la batterie, de la basse et de Davies au piano ou à la guitare rythmique. Avory était enregistré avec deux micros autour du kit, puis de micros sur sa grosse caisse et sa caisse claire, tandis que la Rickenbacker de Quaife était branchée directement sur la table. D’autres instruments seraient ajoutés ( percussion, parties de guitare de Dave ou de piano de Ray ou Nicky Hopkins ).
C’était la manière de faire de Davies que de passer par de multiples prises des chansons. Mick Avory : « Quand Shel [ Talmy ] est parti, c’est là qu’on s’est mis à plus travailler de cette façon et le groupe a eu plus d’opportunités d’étoffer le son. Tout le monde avait son idée sur où on devait en venir, mais Ray était celui qui manœuvrait le vaisseau, alors il était celui avec lequel il valait mieux s’accorder ».
Pete Quaife : « il vous gardait là pendant des heures, et il ne vous laissait pas sortir du studio non plus. Il fallait que vous soyez là même si vous ne faisiez rien ».

La piste instrumentale complète, le résultat serait mixé et les voix ajoutées. Les harmonies accomplies des Kinks paraissent d’autant plus impressionnantes quand on sait que les arrangements étaient, d’ordinaire, travaillées sur le champ. Comme c’est bien connu, la fusion vocale du groupe était souvent augmenté du falsetto distinctif de Rasa qui, selon Quaife, agissait également en intermédiaire de son mari. « Elle maintenait la paix dans le groupe juste en restant là. Elle venait dans le studio et disait : vous pourriez essayer ci ou ça ?, et comme c’était une jolie gamine de 19 ans, on répondait : hé ben, OK, ouais ».
Ça se passait comme ça, dans un mélange d’astuce, de persuasion et de contrôle, Davies escortait ses chansons de la pièce de devant à Fortis Green jusqu’au studio d’enregistrement et sur la bande, gardant dans la famille chaque étape du processus. A l’extérieur, cependant, le monde continuait de tourner »
.

Fin de citation.

La chanson de l'album : Days, ou l'Espoir dans le crépuscule...

18 / 20


Je ne vous mentirai pas ici, cher lecteur ; je vous arnaquerai seulement. Effectivement, Days n’est, premièrement, pas la meilleure chanson de l’album à mes yeux et, deuxièmement, elle n’y figure même pas. Alors, pourquoi l’avoir choisie ? Parce qu’elle est tout de même le single ayant lancé l’album, et pas des moindres ; parce que sa symbolique est intéressante dans l’histoire du groupe comme de l’album et, enfin, parce qu’elle fait partie des bonus aujourd’hui et j’aime faire arbitrairement des entorses à mes règlements farfelus.

« D’une façon, Days envoyait un geste d’adieu tendre même si triste à Pete »

Dave Davies.


Enregistré dans le tumulte en Mai 1968 et sorti à la fin du mois de Juin, Days a pour mission de rattraper l’abîme dans lequel s’engouffrent progressivement les ventes de single du groupe depuis le Susannah’s Still Alive de Dave Davies, vendu à 59.000 exemplaires, et surtout, le flop de Wonderboy en Avril, vendu à seulement 26.000 exemplaires, que Pete Quaife détestait tout comme il n’adhérait pas à la direction prise par le groupe depuis une paire d’année. C’était une période d’immense trouble pour les Kinks, définitivement plus le groupe à la mode, qui avaient du faire tournée groupée avec des groupes tels que les Herds, et ce pour se faire siffler en faveur de ces derniers ou encore ne pas remplir les salles (…). Aux yeux de beaucoup, la fin était proche.
C’était le management qui avait voulu faire de Wonderboy un single en vue de la tournée, mais cela ne changeait rien à l’affaire et accrut les tensions au sein du groupe. Pour Pete Quaife en particulier, il fallait cesser de donner tout crédit à Ray Davies concernant les directions musicales prises par le groupe comme semblait le faire le management.

Cette fois, Days, chanson d’adieu doux amer à un amour perdu, était de la part de Ray Davies un réel single en perspective et une revanche à prendre sur tant d’humiliations. Il misait beaucoup sur cette sortie. Seulement, il était trop tard, et c’est lors d’une des dernières sessions d’enregistrement de ce dernier morceau que les tensions attirent leur sommet, un incident majeur éclatant dans le studio entre Davies et Quaife, aboutissant à la sortie tempétueuse de ce dernier et à une bouderie caractérisée de plusieurs jours de sa part…
La bagarre, déclenchée par l’apparent désintérêt de Quaife envers la composition et les sentiments de Ray, et son gribouillage – prétendu - du mot « Daze » ( choc ) sur la boîte de la bande master de Days, a été relatée par les deux protagonistes ainsi que par Dave.

Il faut d’abord considérer ce qu’en dit le créateur, Ray Davies, dans son livre X-Ray. La sensibilité forte de ce dernier quant à la critique de ses œuvres ne doit pas être négligée. S’agissant de Days, il écrivit : « (…) je n’ai pas réalisé sur le coup que la chanson que j’écrivais était la plus significative de ma vie jusqu’alors. Cette chanson prédisait la fin d’un groupe. Avant que nous ayons enregistré la chanson, j’étais convaincu que Quaife avait décidé de quitter le groupe pour toujours. Nous avons fait la piste de fond, j’ai enregistré les voix et Nicky Hopkins y a ajouté sa partie de clavier. Quaife a marché vers moi avec la boîte contenant la master tape et a remplacé le mots Days ( jours ) par le mot Daze ( choc ). Je pense que la colère que j’éprouvais à son égard était en réalité de la colère envers moi-même. C’était vaniteux de ma part ; mon œuvre m’était devenue trop précieuse. La vérité est que, fier que j’étais de la chanson, j’étais littéralement dans un choc émotionnel par rapport à où j’étais, qui j’étais et avec qui j’avais envie d’être. Peut être Quaife l’était-il tout autant ».

Cette version des faits est corroborée par celle de Dave dans son autobiographie Kink, où l’on peut lire sous sa plume, alors qu’il parle du bassiste : « C’est autour de cette époque que j’ai senti que Pete se désillusionnait à nouveau, qu’il s’éloignait de nous ». Racontant la même anecdote, il commente l’acte : « C’était tout autant une manière de décharger sa jalousie et son ressentiment pour Ray que de démontrer sa frustration quant à la direction que prenait notre musique ».
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Evidemment, dans une interview avec Bill Orton et Russel Smith, en 1999, l’intéressé livre un récit tout à fait différent : « après un moment, c’est devenu colossalement ennuyeux de rester assis là à réécouter ce truc [ Days ] encore et encore alors ce que j’ai fait, c’est que j’ai gribouillé. Je dessinais ce petit homme et Ray l’a vu et et ça l’a fort contrarié ! Je gribouillais au lieu d’écouter la fichue musique et il a commencé à en faire toute une histoire. « Va te faire foutre Ray, je sors d’ici », et je suis tout simplement parti. Rasa est venu courir après moi « ne pars pas, ne fais pas ça ! » Je lui ai dit d’aller au diable avec tout ça, que je n’étais pas d’humeur à ce qu’on me parle sur ce ton…je dessinais un petit personnage de cartoon, moi. Je peux même vous dire où c’était sur la boîte…pour une quelque raison il a changé l’histoire, disant que j’avais écrit le mot « daze ». Répondant au journaliste lui demandant si c’était une excuse de la part de Ray, il dit : « il a pensé que ça ferait une meilleure histoire s’il disait ça ».

Quelle que soit la vérité, et malgré une bouderie de plusieurs jours, le groupe entier embarqua pour une tournée en Suède convenue à la hâte ; leur prochaine entreprise foutraque. . « Nous nous tenions un peu à l’écart les uns les autres », dit Quaife. « C’était la meilleure chose à faire à l’époque ». Pour compliquer un peu plus les choses, le nouvel agent des Kinks Barry Dickens avait programmé que le groupe joue en pleine air dans une série de parties de musique suédoise, de parcs de loisirs familiaux sponsorisés par l’état. Croyant se rendre à un festival rock, il découvrent « des parents se promenant avec des enfants suçant leur glace à l’eau aux côtés de véritables fans et de fêtards », se souvient Dave Davies dans Kink. Cette tournée prit fin le 23 Juin.

Le 28 Juin sortit au Royaume Uni le single Days qui, même s’il ne rencontra pas le succès de sa qualité, atteint lentement un chiffre de 82.000 ventes, atteignant au mieux la 10ème place et restant dans le top 20 pendant plusieurs semaines. Tous les voyants étant au rouge, la priorité pour Ray devint de terminer Village Green Preservation Society et, d’une manière ou d’une autre, le sortir tel qu’il voulait. Cette manière n’était pas la manière solo : le projet n’existerait plus que sous la bannière Kinks ou n’existerait pas… « Le groupe est venu à bord (?), comme il l'a toujours fait, et ils ont essayé de m'aider [ à finir Village Green ] », déclara Ray Davies à ce sujet, et je leur serai éternellement reconnaissant de l'avoir fait ».

C’est ainsi que les Kinks, dans un état d’esprit plus collectif et sans doute proche des Beatles entamant Abbey Road, s’apprêtèrent à une dernière salve d’enregistrement pour l’album Village Green Preservation Society comprenant Wicked Anabella, Starstruck, People Take Pictures Of Each Other Do You Remember Walter, qui auraient tous été enregistrés en ce mois de Juin 1968. Ce fut le moment choisi pour Ray Davies d’avoir le bon goût de faire le bond conceptuel de Village Green à The Kinks Are The Village Green Preservation Society, écrivant la chanson du même nom. Bien que tout ne fut pas clair quant à la Tracklisting exacte du futur album, son avenir s’éclaircissait et l’ambition des Kinks était à présent claire. « Je suis content de la manière dont les disques sortent » dit Ray Davies à l’époque. « Je communique plus avec le groupe. Nous faisons ce que, je pense, veut le groupe, bien que ce soit dur parfois de voir les choses de la même manière ». Pour Pete Quaife, seulement, il était trop tard, et il régnait sur le groupe une ambiance de fin de règne dont Days resterait le symbole.
A ce titre, Ray Davies raconte dans son livre : « Une nuit (…) j’ai fait écouter la bande finale de Days à mon père et à ma mère. Ma sœur Gwen et Brian, mon premier manager de tournée, étaient là aussi avec leurs enfants. Leur jeune fille Janice s’est assise et a observé le jardin d’un œil triste. L’expression de son visage me disait que quelque chose était sur le point de finir mais elle était probablement juste contrariée car elle voulait aller jouer dans le jardin. Je savais que Days disait au monde que c’était la fin du groupe. Tout ce qu’il restait à faire, c’était de fabriquer The Village Green Preservation Society comme un geste d’adieu ».

Effectivement, le lundi 7 Avril 1969, un communiqué de presse confirma que Quaife avait bien quitté le groupe le jeudi passé et que John Dalton avait été engagé le vendredi. « Pete a quitté le groupe pour de bon après la sortie de l’album Village Green », écrivit Dave Davies dans Kink. « Je pense que, dans son esprit, son manque de succès signalait la fin pour lui et les Kinks. Il ne pouvait pas avoir plus tort ». Mais même là-dessus ils ne sont toujours pas d’accord, l’ex-bassiste démentant l’affirmation : « Quitter le groupe n’avait rien à voir avec le succès commercial. J’ai souvent fait savoir que je n’étais pas à ce point attiré par le côté commercial du business. J’aurais été parfaitement content de gagner ma vie en tant que musicien – quelque chose que j’avais toujours voulu faire »…car c’était là le véritable problème de Pete Quaife : il n’était tout simplement plus heureux au sein des Kinks, malgré l’insistance quelque peu égoïste de Ray Davies pour le garder. « La décision de quitter les Kinks est seulement venue après Village Green Preservation Society », expliqua-t-il. « Je n’étais pas content du tout de la conduite de Ray et Dave, les managers…et l’attitude de la maison de disque. Je devais sûrement me sentir comme un second-couteau, un musicien employé, à ce moment-là, n’ayant pas mon mot à dire sur mes capacités musicales, ma carrière ou ma vie. J’avais définitivement besoin de changer ! ». Bien qu’il ait souvent répété qu’avec le départ de Quaife « un peu de l’impulsion et de la détermination originale sont retombés », certaines déclarations de Ray Davies donnent d’une certaine manière du crédit audit départ, minimisant les qualités de musicien. Il a par exemple dit que « Pete Quaife était un vrai amateur. Ce n’est pas un grand passionné de musique, mais Pete le faisait parce qu’il aimait la vie. Et il était mon ami. Ce qui est le plus triste c’est que nous avions beaucoup de succès, on tournait, et nous ne nous parlions plus l’un à l’autre et nous n’étions plus amis. Le jour où on a cessé de se parler en dehors de la scène a été le bon moment pour arrêter ». On peut penser que Pete Quaife avait à ce moment dans le cœur de Davies, davantage l’étoffe du vieux copain d’école qui réconforte que celui de musicien à part égale de son groupe…
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L'histoire a voulu que Days se fige dans le temps : il resterait un single et n’apparaitrait pas sur le nouvel album. « ça avait à voir avec le timing, et probablement que pour Village Green le rôle de Days était pris par d'autres chansons », a expliqué Ray Davies depuis. « ça fait bizarre car ça a été un gros hit pendant quelques temps, mais le puzzle était achevé et les pièces étaient toutes en place ». Dont acte…




Par la force des choses...l'œuvre la plus collective des Kinks?


Il semblerait que, le groupe devant finalement concentrer tous ses efforts sur un seul projet [ voir notamment l'article sur la genèse de l'album  ], Village Green Preservation Society signe aussi l’avènement de l’œuvre la plus collective des Kinks. Les témoignages concordent là-dessus.

Mick Avory dit que « C’était plus un travail de groupe. C’était collaboratif, plutôt que lui écrivant la chanson et nous entrant pour travailler comme des musiciens de session et la faire ». « Nous l’avons développé ensemble, et c’était la première fois que cela se arrivait réellement (…). Parce qu’il y avait un sujet, je pense qu’il voulait une sorte de sentiment de continuité dedans. Nous étions partants et concernés par la manière de faire des uns les autres. Il nous a fait un peu plus confiance ». Pete Quaife surenchérit : « c’est ce qui l’a rendu unique, quand nous avons conçu cet EP chacun de nous a pu apporter des idées, les mettre sur la table et les réaliser, ce qui était excitant (…). Je ne suis pas tout à fait sûr de ce que c’était – si Ray ne se sentait pas très bien ou s’il était très fatigué, peut-être que c’était le procès – mais chacun de nous a réussi à mettre des idées (…) et les réaliser, ce qui était génial. Pendant les répétitions et l’enregistrement. Juste pendant cette petite période, il s’est un peu déridé. Dans le studio, c’était bien plus facile de soumettre des idées ou de suggérer des choses ».
Les frères Davies ne dirent pas autre chose. Ray, d’abord : « C'était une période de forte cohésion où le groupe était vraiment uni, je déteste le dire, comme une famille*. Et il y a toutes ces références à l'amitié dans les chanson. C'était comme le dernier sursaut de jeunesse, car Pete avait été un ami à l'école. C'était le dernier souffle où nous étions vraiment jeunes et naïfs, et une célébration de l'unité qui pouvait exister au sein d'un groupe ». Dave, ensuite : « le groupe était comme une famille d'affaires. Chacun ferait sa part. Quand quelque chose sonnait comme une bonne idée, on travaillait avec. Et ça déclenchait d'autres idées. Les chansons de base étaient de Ray, mais la musique murissait des idées et des riffs qui se renvoyaient ».

Bien entendu, il faut aussi voir dans cette soudaine démocratie un compromis de Ray Davies, bien conscient de l’urgence de la situation et de l’importance de redresser le rang des Kinks en sortant un très bon album au plus vite. Car c’était bien lui qui gardait la main…et après tout, c’était ses morceaux, dont certains, il y a peu réservés à un album solo, profitèrent des derniers moments de la production pour s’inclure dans le tracklisting, grâce au prétexte offert par le nouveau titre de l’emballage final, Preservation. Certains furent travaillés en collaboration avec les autres membres du groupe. « c’était une vague idée au départ, mais ensuite ça commençait à prendre forme quand on enregistrait. En fin de compte, il réalisait – mon dieu, je peux mettre ça ensemble comme ça ». Et il prenait les décisions finales, et il dispensait au groupe ses ambitions pour l’album au fur et à mesure…
« Ray expliquait qu’il voulait que les chansons soient tous liées, centrées autour d’un même sujet, voilà tout ce qu’on savait », confia Mick Avory. « Ray gardait toujours tout pour lui-même, tout était un grand secret », dit Pete Quaife. « Mais quand les morceaux ont commencé à se rassembler ,on a commencé à voir où il voulait en venir. Vers Animal Farm, tout est devenu clair »«Vers la fin – boom ! il est redevenu Ray Davies et c’était terminé. Nous en sommes tous revenus à vivre dans le brouillard de qu’est-ce qui se passe, nom de dieu ? ». C’était sans doute prévisible…

C’est peut-être ce qui donne cette force monolithique à l’album ; on peut penser que le génie, pur et brouillon, vient de Davies, quand la cohésion et les ornements viennent du groupe ?…

*Ironiquement, il dit pour le compte d’une interview au sujet des Kinks : « une autre famille pour moi, en dépit de la force de ses disfonctionnements parfois » !

La pochette

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C’est le vendredi 16 Aout 1968 que les Kinks auraient été photographiés, pour une session organisée à Hampstead Heath, par les photographes Barrie Wentzell du Melody Maker et un photographe maison de Pye, se promenant de the-kinks-s-ance-photo-village-green-2.jKenwood Hous à Heath dans une lenteur toute photographique. « J’avais rencontré les Kinks quelques fois avant et j’avais toujours un peu peur d’eux », dit Barrie. « A ma surprise, les garçons étaient habillés normalement et semblaient d’humeur plus joyeuse. Après avoir bu un thé sur la terrasse nous avons traversé le Heath pour prendre quelques photos dans la longue pelouse que le conseil municipal d’Hampstead avait coutume de laisser non coupé, ce qui donnait à l’endroit un vrai climat campagnard ». L’une de ses photos fut utilisée aux besoins de la pochette, bien qu’il ne fut pas crédité ni payé...Mick Avory confirme en tous cas cette douce absence d’extravagance : « On est juste venus se présenter avec ce qu’on portait. C’était bien parce que c’était juste en bas de la route où on avait vécu ».


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C’était une belle journée. « L’une de ces journées où tout le monde allait super », raconte Pete Quaife. « C’était long mais c’était très agréable. Je pourrais vous emmener là maintenant et vous montrer là où nous avons marché. Longeant le lac, passant le pont… ». Pour Ray Davies, cependant, ces clichés sont surtout l’embaumement de la momie, si j’ose dire : « Quand Barry Wentzell a pris ces dernières photos de pochette dehors à Kenwood House à Hampstead, il documentait la fin du groupe »…la fin du groupe : en tant que famille. « Quand l’un des membres fondateurs s’en va, le groupe est mort », a-t-il dit pour la biographie officielle du groupe par Jon Savage. « Une fois que tu as perdu le truc – les 4 membres originaux réunis ensemble, allant au bout des choses ensemble, formant le groupe ensemble -, une fois que ça s’en va, le groupe est un groupe différent. Cette photo met un point final ».

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Le produit fini et les réactions


Sortie de l’album le Vendredi 22 Novembre 1968 au Royaume Uni


Bien qu’il n’y ait rien à redire sur le contenu ( ce résultat de deux années de travail et de recherche de tracklisting idéal menant au chef-d’œuvre que l’on sait ), les acheteurs du disque, ce vendredi de Novembre, purent ressentir un sentiment d’inachevé, quelques coquilles émaillant l’objet : il y avait des décalages entre les titres des chansons sur le label et la pochette ( trois sur la face un seulement ) et même une erreur typographique : Phenominal Cat.

Hormis ces détails, le disque fut positivement accueilli par la critique ( quand il fut accueilli ), dont une critique enthousiaste de Disc, dont le journaliste anonyme a remarqué que Davies a réussi à « dévier le psychédélique et l’électronique », concluant : « les Kinks ne sont eut être pas sur le toit de la pop music par les temps qui courent, mais Ray Davies restera l’un de nos compositeurs les plus fin pendant des années ». Il ne se passa rien de foncièrement mauvais, mais rien de foncièrement bon non plus à son sujet : l’album, en dépit des quelques publicités supplémentaires dispatchées par Pye et des commentaires de Ray sur les différentes pistes dans le Melody Maker, a rapidement disparu de la vue, son impulsion commerciale ayant été minée par les révisions variées et autres délais, et l'absence d'un single marquant. On peut dire qu’à choisir entre cette rumeur verte et l’album blanc des Beatles, l’Electric Ladyland du Jimi Hendrix Experience et le Beggars Banquet des Rolling Stones, les bourses anglaises firent le choix du pragmatisme pour les achats de Noël…

Ray Davies, dans X-Ray, développe un peu au sujet du confinement de son œuvre : « Quand l’album est sorti en 1968, il y avait difficilement la moindre station pirate restante pour agir en tant que radio alternative. L’illustre gouvernement avait déclarées hors la loi ces stations, qui étaient les derniers débouchés indépendants. Maintenant la BBC monopolisait les ondes, et pour beaucoup des DJ émergents, les Kinks sonnaient trop anglais ». D’où un abandon massif du groupe, le plus souvent insouciant.

Pete Quaife vit dans le cours général des choses une tournure funeste : « on pouvait voir que tout tirait à sa fin. Ce n’était plus l’affaire insensée d’un hit par semaine. Ça devenait plus comme du travail, vous voyez ? »

Le succès, cependant, allait reprendre doucement en Angleterre avec la sortie du ( médiocre ) single Plastic Man ; puis, le départ de Quaife s’officialisant en Mars 1969, après qu’il ait contribué à l’album solo n’ayant finalement jamais vu le jour de Dave Davies, les Kinks deviendraient un nouveau groupe de bien des manières. Un nouveau groupe qui, après un commercialement moyen et artistiquement merveilleux Arthur, retrouverait bien plus qu’un succès d’estime en 1970 avec Lola….mais c’est là encore une autre histoire.

Sortie de l’album le Mercredi 05 Février 1969 aux Etats-Unis


Il est amusant de penser que cet accident là fut le seul qui réussit à Ray Davies : au départ, il ne croyait pas aux chances de The Kinks Are The Village Green Preservation Society, pariant que son côté provincial, trop anglais, ne révulse les auditeurs américains. Or, c’est justement ce côté anglais, son esprit de clocher, qui donna un premier regain de popularité aux Kinks là-bas, avec des expressions vieillottes telles que « Gor Darn It » sur Village Green.
Le succès ne fut pas foudroyant, mais les bonnes surprises était rares pour les Kinks en cette saison, et un certain revival du groupe finit par s’opérer dans les mois suivant la sortie. L’underground Américain, lui, fut prompt à habiliter The Kinks Are The Village Green Preservation Society en tant que chef-d’œuvre…

« L’album Village Green s’était vendu à seulement 25.000 exemplaires », écrit Ray Davies dans X-Ray, « mais il existait un mouvement de ce qu’on appelait l’Underground. Village Green était un album anti-guerre et il y avait beaucoup d’activistes anti-guerre en Amérique, particulièrement parmi les jeunes étudiants. D’une manière ou d’une autre, ce disque non commercial pouvait déclencher quelque chose dans la psyché américaine. (…) ». Il dit encore, ailleurs : « C'était presque comme un mantra de paix, pour le mouvement pacifiste, et pour les gens qui pensaient à leur patrie comme à leur propre Village Green. N'importe qui peut s'y rapporter. Dans mon cas, c'est un Village green, mais c'est un monde auquel, je pense, les gens peuvent se rapporter, et adapter à leur propre conscience ». Toujours dans X-Ray : « On ne vendait pas de disques mais nous sommes de venus un groupe culte. Peut-être que Village Green a ravivé les rêves perdus des américains. Peut-être qu’il était temps d’y retourner. Grenville et Robert savaient que j’avais été déçu que Days ne parvienne que onzième des charts britanniques mais ils ont dit que Klein avait une idée qui résoudraient la dispute avec la fédération américaine de musicien afin que nous puissions retourner en Amérique »
Et les Kinks furent rétablis en Amérique de manière presque aussi obscure qu’ils en furent bannis. A la fin de l’années, ils y sont retournés, sans Pete Quaife mais surfant sur la vague de leur nouveau concept album Arthur, érigé par Greil Marcus de Rolling Stone comme « le meilleur album britannique de 1969 ».

Réactions du groupe


La presse Kinksienne est quasi unanimement dithyrambique à son sujet : il s’agit d’ « un très beau disque » pour Dave. « Village Green est comme de la musique rock-folk, dans un sens, quand on pense aux influences, d'où les idées venaient. Et les Kinks étaient comme un groupe folk, avec cette manière que nous avions de nous assoir autour du piano et répéter. Chaque fois que les choses n'allaient pas très bien, nous jouions ensemble dans la chambre de devant avec quelques guitares ou autour du piano ». Il s’agit également du « meilleur album qu’on ait fait » pour le très enthousiaste Pete Quaife : « je sais que j’ai joué dessus, mais chaque fois que je l’écoute je pense que cet album vaut vraiment quelque chose. Vraiment ». « Je pense que la mode en musique était probablement un peu différente », dit pour sa part Mick Avory, conscient de son euphémisme. « C’était les Kinks – toujours essayer de placer une mode en avance sur son temps ! ».

Réaction de son créateur


L’éloge le plus équivoque, il fallait le parier, allait venir de Ray Davies : « le flop le plus acclamé de tous les temps…je veux dire, même les gens qui en parlent ne l’ont jamais entendu ». Intéressant ; Ray nous apprend que la cuistrerie existait déjà à l’époque.

Blague à part, les mots employés par Davies pour parler de l’album sont longtemps restés péjoratifs ou, du moins, ont longtemps détourné l’attention sur ce qui consistait vraiment en Village Green pour mieux se concentrer sur des détails techniques, clamant soit qu’il n’avait pas l’expérience nécessaire pour le produire : « ces chansons sont des démos, de pures démos…il y a de bonnes idées, mais pas exécutés proprement. Il me manquait un producteur… », soit qu’il en avait délibérément sous-enregistré les chansons, comme il le prétend dans son livre X-Ray d’une part : « les chansons étaient délibérément sous-enregistrées pour leur donner une qualité non commerciale. Comme s’il [ Ray Davies ] ne voulait pas que les gens les entendent vraiment » et d’autre part en interviews : « je voulais un disque qui ne passe pas nécessairement sur les ondes mais qu’on passerait pour des amis et à des fêtes – juste le passer comme on passe une démo. Je l’ai terminé et ça n’a pas eu la moindre diffusion. Ça a eu pour effet de devenir un album culte » ou bien « il n'était plus temps de faire un album commercial. Il n'était pas supposé être commercial. Il n'était pas supposé être entendu. D'une drôle de manière, c'était comme d'emporter le disque et l'écouter chez un ami. Il y avait une paire de chansons, comme Starstruck, qui étaient disposées pour la radio, mais ça suivait une phase où l'on avait du faire des trucs pour la radio, ou en gardant une oreille la radio. Je voulais simplement être créatif et dire quelque chose à propos de la partie du monde qui n'était pas tant commerciale », ou encore « je m’accroche aux valeurs simples…je pense que les gens ordinaires sont bien suffisamment complexe sans avoir à chercher de plus grandes sophistications…nous faisons beaucoup de choses tapant du pied. Les rythmes sont évocateurs des années 20. J’aime les vieilles années. Tout le monde les aime – en chanson »

Une manière de parler de la sobriété de la production et de justifier le fait qu’on parle si peu de son chef-d’œuvre, certes, mais en des mots trop modestes pour être vrais ou, plutôt, révélant qu’il cherchait à masquer sa déception – ce qui est bien compréhensible -, et / ou digérait mal son échec commercial et / ou n’assumait pas la dimension personnelle du projet, ce qu’il a déjà reconnu en interview : « il y a deux moments dans ma vie, dans ma carrière, où je n’aurais pas du être autorisé à sortir de disques : là, et de 1973 à 1975…c’est un album très intime. C’est le problème. Paul Shrader m’a dit une fois, quand tu trouves une bonne histoire, tu trouves un problème personnel puis tu en fais une métaphore. Je n’ai pas fait ça. Je n’avais que le problème personnel. Mais dans un sens Village Green est une métaphore. Je l’écoute encore, et c’est toujours l’album le plus solide de cette période ». En dehors de ces paroles pour le moins abstraites, il est intéressant de noter que Ray regroupe tous les albums sous l’estampille Village Green comme étant inspirés par des problèmes personnels ou, pour parler vulgairement, des conflits intérieurs. Sans doute une partie de sa relative déception vient-elle de la fantastique ambition à l’origine de ces projets, et au sens qu’il voulait donner alors à sa carrière ( voir l’article The Great Lost Kinks Album )…

Mais pour terminer, laissons plutôt parler l’auteur de son disque en terme d’univers.

« Village Green est un disque très i
ntime, très personnel. J'invoquais ce monde idyllique, imaginaire. Ce n'est pas un monde échappatoire, la réalité est là - le bien et le mal existent mais ils sont traités d'une manière moins sévère que dans le monde réel. Peut-être que c'est un point de vue d'enfant, l'enfance qu'aucun d'entre nous n'a réellement vécue mais que peut-être certains d'entre nous ont connu. C'était une époque où, en tant que jeune adulte, j'avais aux prises avec les responsabilités d'une jeune famille, et peut être qu'à travers les histoires que je leur racontais - mes filles étaient très jeunes - c'était comme si j'échafaudais l'histoire d'un monde qui avait existé, un univers parallèle à un monde où, bien qu'il existe des choses malfaisantes et démoniaques, les choses pouvaient être traités d'une manière un peu différente, moins frontale ».

L'album, rétrospectivement : un chef d'œuvre.


Cet album est fréquemment consacré comme étant LE chef d’œuvre très officiel - et pas mal officieux - des Kinks. Un point de vue peut-être renforcé par l’utilisation récente des morceaux Pictures Book et People Take Pictures of Each Other dans des clips publicitaires. En tous cas, s’il est une consécration complètement fausse à son sujet, c’est celle de PREMIER chef d’œuvre des Kinks ; on le sait, c’est avec leur Face to Face de 1966, équivalent pour eux de Rubber Soul pour les Beatles, qu’a commencée leur période dorée, qui aura duré au moins jusqu’à la fin de carrière des Fab Four…

Si un quasi plébiscite entoure actuellement l’album, rappelons une caractéristique désormais légendaire des Kinks : Village Green Preservation Society et Arthur, deux de leurs plus grandes œuvres, ont été maudites à leur sortie. C’est à dire qu’elles ont eu toutes les peines du monde à éclore, et n’ont que peu ou pas du tout été considérées par le public de leur temps ( contrairement à succès critique rarement démenti ). L’album vert a introduit cette page de leur histoire et, s’il est de bon ton de lui décerner le titre de meilleur album des Kinks aujourd’hui, c’est un peu à cause de tout cela : si hier l’anonymat et l’absence de l’album l’ont mis à l’abri de toute distinction, aujourd’hui que le catalogue du groupe a été réédité et que Village Green enregistre les ventes les plus hautes, de lui décerner le titre de Chef d’œuvre ultime du groupe. Aujourd’hui que nous voyons les choses avec un peu plus de hauteur, il est cité parmi les plus grands albums des années 60 aux côtés, nous l’avons dit, de Sergent Pepper.

Si l’on verse tant d’éloges à son compte de nos jours donc, c’est peut être aussi, en dépit des excellentes chansons, pour être bien sûr de ne pas l’avoir manqué. Comme dit l’une des chansons de l’album les gens prennent des photos de l’été, juste au cas où quelqu’un pensait l’avoir manqué, et pour prouver qu’il a vraiment existé. Qu’il ait été un fragment d’Angleterre dans un monde de plus en plus global, un accent provincial dans une pop tendant doucement à l’uniformité, ou cet été là dont on ne sait plus s’il a vraiment existé, il n’est en tous cas apprécié pleinement que de nos jours maintenant qu’il est devenu une relique appartenant au passé, accédant directement au statut de chef d’œuvre intemporel sans même passer par sa propre époque. Il est un vestige de l’Angleterre dorée et appartient à la période dorée des Kinks dont l’album suivant célébrera le déclin et la chute de l’empire britannique – pour, curieusement, emmener le groupe vers un certain déclin lui aussi -, The Kinks Are The Village Green Preservation Society souligne l’évidence : les Kinks et l’Angleterre sont à jamais pieds et poings liés.

Mais laissons à Ray les derniers mots s’agissant de son œuvre, plus de 40 ans après l’avoir écrite : « C'est comme un club dans lequel les gens rentrent : "es-tu un membre de la Village Green Society?". Tout est dans la tête. La bonne chose étant que ça n'a jamais été hyper publicisé. C'est un album que l'on entend jamais vraiment à la radio. C'est un bon album, et je suis tellement content qu'il soit redécouvert. Je ne suis pas spécieux (?) à son sujet - je pourrais écrire des pages et des pages à son sujets - mais si vous avez un coup de moins bien, pensez au Village Green ; votre propre vision du Village Green. OK?"
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