Chronique Kinks : Arthur ( Or The Decline And Fall Of The British Empire ) ( 1969 )

Publié le par Dimitri Dequidt

Introduction


[ En travaux ]

Traduction du Booklet


Dans les premières semaines de 1969, le producteur de Granada TV Jo Durden-Smith s’est approché du management des Kinks avec une offre singulière. La compagnie voulait que Ray crée une sorte de comédie musicale télévisée pour l’ITV network’s new color service. La seule condition posée était qu’il collabore avec un auteur de renom.

La suggestion de Ray allait pour Alan Bennett, et la collaboration intrigante qu’il en résulterait. Le nom de John Betjman était également dans l’air. Mais son partenaire fut finalement Julian Mitchell, un romancier et auteur dramatique de 33 ans, qui avait joui d’un succès critique l’année précédente avec son roman expérimental, The undiscovered country.

En résultait un projet intitulé Arthur, ou le déclin et la chute de l’empire britannique. Le script et les chansons furent terminées pour le début du printemps, moment auquel Granada était supposé accélérer l’entreprise de production. Les Kinks ont commencé à enregistrer la bande son / l’album en Mai, se préparant à une sortie d’album et une projection télé simultanée en Juillet.

Puis Granada a commencé à caler. Ils ont rejeté la faute sur des querelles internes entre les départements, mais ont promis qu’Arthur était encore en haut de leur liste de priorités. La date de sortie de l’album a été remise au mois d’Aout d’abord, puis au mois de Septembre. Finalement, la compagnie TV a retiré son support. « Le budget s’était volatilisé », a expliqué Ray Davies, « et Granada ont essayé de réduire les frais. De plus, il n’y avait pas de compatibilité politique entre le producteur du show et les gens d’en haut ».

L’album Arthur a finalement émergé en Octobre 1969, et a été promptement rejeté comme une tentative d’imiter l’opera rock des who, très acclamé par la critique : Tommy. Peu importa qu’il y ait eu une cohésion artistique à Arthur dont le récit ampoulé de Pete Townshend manquait ; ou que le projet de Ray Davies ait été lui conçu dans le but de s’insérer dans une intrigue, écrit et quasi complété au moment où Tommy est sorti. Amputé de son accompagnement visuel, Arthur aura été, on le comprend, moins qu’il n’aurait pu.

Il n’est pas surprenant que dans son autobiographie, X-Ray, Davies ait écrit : « j’ai des sentiments partagés au sujet d’Arthur. L’enregistrement avait quelques grands moments musicaux, et était indubitablement la première comédie musicale réellement construite par un groupe de rock, mais en tant que tout je m’en souviens pour ce qu’il aurait pu être, plutôt que pour ce qui a été finalement réalisé ». Ailleurs, il s’interroge :« s’ils m’avaient donné la liberté qu’il m’avait promise au début, j’aurais pu le faire ». *

Pour son créateur, il doit être difficile de séparer Arthur des déceptions et des trahisons qui ont entouré sa fin. Rétrospectivement, toutefois, Arthur était un moment clé dans le développement de Ray Davies en tant que songwriter. « je voulais centrer l’histoire entière sur un homme ordinaire comme moi-même », expliquait-il, « qui n’avait été qu’un petit rouage dans l’empire et l’avait vu lui passer à côté ». C’est le thème d’un travail de toute une vie, et les thèmes d’Arthur ont toujours ressurgi depuis à travers l’écriture de Ray, de Preservation à Phobia et au delà.

Mais Arthur avait une autre signification, de loin plus personnelle. Le projet a puisé son nom et beaucoup de son pathos de la propre famille des Davies. Le véritable Arthur était son beau frère, le mari de sa sœur Rosie [ nddd : sujet de la chanson « Rosie won’t you please come home ]. « Arthur était un homme très strict », se souvint Ray, « partie prenante d’une génération qui ne se faisait plus d’illusions sur la Grande Bretagne. Son frère était un pilote de guerre et a obtenu la croix de Victoria, mais Arthur fut interdit de vol à cause de ses yeux. Rien n’a jamais vraiment marché pour lui ».

A travers le drame musical de l’album, Ray a raconté une histoire fictionnelle inspirée d’expériences réellement vécues par son beau frère – son désillusionnement sur la Grande Bretagne, le vol pour l’Australie, et le poids entier de la tradition qui à la fois protégeait et suffoquait tous ceux qui avaient grandi avec foi en l’empire Britannique.

La musique a saisi deux aspects de cette culture britannique, de la grisante défense de l’impérialisme qu’était Victoria à l’abrutissant militarisme de Yes Sir No Sir. Quand Arthur et sa famille ont voyagé pour la plus longue journée de leur vie pour l’Australie, les Kinks se sont fait l’écho de la distance en se rapprochant plus que jamais d’un trip psychédélique, aérien.

Mais la chanson clé sur cet album, et l’enregistrement le plus fin des Kinks à ne jamais atteindre le top 30 était Shangri La. « Voici ton royaume à commander », chante Ray à son personnage, dont le domaine a rapetissé d’un empire global à un deux chambres en haut, deux chambres en bas en banlieue. Mais il ne s’agissait pas d’un mépris calleux de l’homme « ordinaire » : il y avait de l’amour et une acceptation douce-amère dans la livraison de Ray, deux émotions imprégnées dans l’album entier.

En fait, cette caractéristique douce-amère était seulement trop appropriée pour un projet ayant échoué à correspondre aux attentes de Ray, pour des raisons échappant à son contrôle. Pour son créateur, l’œuvre reste incomplète : une comédie musicale amputée de son élément visuel. Mais près de [ quatre ] décennies plus tard, Arthur a toujours pour lui sa place bien gardée de chef d’œuvre musical.

[ * nddd : Julian Mitchell le dira aussi de son côté : « je n’ai jamais pu pardonner l’homme »].

Peter Dogget

Ray Davies sur l’album et sa collaboration avec Julian Mitchell ( extraits de X-Ray traduits par mes soins )



« Après plusieurs rencontres j’ai suffisamment fait confiance à Julian pour lui faire part de mon beau frère Arthur. Nous sommes tous les deux tombés d’accord sur le fait qu’il serait un excellent choix, particulièrement parce que le nom Arthur évoquerait également des références au roi Arthur et à la table ronde, le saint graal et tout ça. Nous étions, cependant, convaincus que notre histoire devrait mettre en scène une famille qui avait été déchirée parce que plusieurs de ses enfants avaient émigré pour l’Australie . Dans notre scenario, Arthur serait le plus vieux, il aurait servi dans la première guerre mondiale et c’était lui qui aurait été laissé derrière par un vieux monde sur le déclin.

J’ai immédiatement commencé à écrire des paroles et les ai montrées à Julian, qui brodait alors des scènes autour. Quand Robert a lu celles de Some Mother’s son, une chanson s’agissant d’un jeune soldat tué à la guerre, il m’a regardé et s’est exclamé qu’on me traiterait probablement comme un écrivain sérieux après la sortie de cet album ; enfin il avait vu des paroles qui montraient que j’étais de retour en forme. Il s’était même référé à elles comme de la poésie. Il a ajouté qu’il doutait que cela soit vendeur, mais de continuer le bon travail. Je me sentais dans un bon élan créatif. Le mot de retour de Granada télévision était que le directeur éditorial était très enthousiasmé par ce qui avait été soumis jusqu’à présent et que le casting avait déjà commencé. Un directeur dénommé Leslie Woodhead a été affecté au programme, mais je soupçonnais l’ambitieux Jo Derden Smith de garder fermement le contrôle parce qu’il avait toutes les pièces justificatives rock nécessaires, y compris le long pardessus en cuir noir.

L’album était fini et prêt à sortir. Le script final avait été donné. Les plateaux étaient désignés. Des séquences d’animation filmées. Frank Finlay a été retenu dans la liste des candidats pour jouer Arthur. Et puis, mystérieusement, la prise a été débranchée par Granada. Grenville était furieux, menaçant de porter l’affaire en justice. ( J’étais encore en litige avec Kassner et donc une autre action judiciaire était tout ce dont j’avais besoin…). L’histoire était que Derden Smith, qui avait été impliqué dans des documentaires sur les Doors et les Stones à Hyde Park, est allé chez Granada et s’est brouillé avec eux à propos de notre programme. Il en résultat que les autorités en place enlevèrent le show. Environ un mois après les Who sortaient Pinball Wizard. Environ un mois après ça, à peu près au moment où Arthur aurait du être retransmis, les Who ont sorti le concept album Tommy. Un disque à l’intrigue très légère, pas autant narratif ni étudié qu’Arthur, mais un disque qui, néanmoins, allait être acclamé comme étant le premier rock opéra. Une fois de plus, nous avions été battus sur le fil.

Les critiques nous ont été clémentes. Shangri La, le premier single, était une chanson qui demandait l’attention de l’auditeur. Tony Blackburn, un DJ de Radio 1, a passé Shangri La et a fait remarqué à la fin de celle ci que, durant plus de 5 minutes, elle était si longue que l’on pouvait aller dans la cuisine et se préparer une tasse de thé pendant qu’elle passait. On avait entendu dire du même DJ que Dead End Street était un sujet trop déprimant pour un enregistrement pop. Il restait quelques bons mecs, mais j’avais le sentiment qu’ils passaient nos morceaux plutôt en mémoire du bon vieux temps que parce qu’ils croyaient en la musique. Shangri La a disparu des ondes hertziennes après la deuxième ou troisième écoute. Plus tard il advint que Victoria devint un petit hit, mais dans l’ensemble la BBC ne s’intéressait pas à l’album. Jo Derden Smith a lui aussi disparu (...).

En y repensant, je suppose que j’ai été escroqué sur le plan créatif. Le travail était bon – j’étais content de ce que Julian avait écrit – les chansons étaient bonnes, mais j’ai senti que d’une certaine manière la musique servait trop le sujet, et la première règle dans la musique rock est que la musique doit toujours être au premier plan. Aussi, le groupe n’était pas le même. Avant que nous enregistrions Arthur j’ai essayé de persuader Quaife de rester mais cette fois il avait décidé de partir pour de bon. John Dalton a bien joué et chanté sur Arthur, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que cet album aurait été meilleur si nous avions gardé la formation originale. Je sentais aussi que, d’une manière quelque peu étrange, je trahissais ma classe : ironiquement j’avais trahi la cause d’une société comme Granada, qui avait construit son empire entier sur l’image de l’homme ordinaire. Coronation Street en était un exemple classique. Les classes ouvrières, les succès grand public, la télévision bon marché.

Mais l’album Arthur ( or the decline and fall of the British Empire ) a reçu de bonnes critiques en Amérique »
.

Chanson de l’album : Arthur


A proprement parler de valeur musicale, c’est Shangri La qui aurait du être mise en avant ici. Mais j’ai pris le parti d’Arthur, car il y a des choses extrêmement intéressantes à dire sur cette chanson, qui pour porter un nom n’en a pas moins de mal à sortir de l’anonymat !

Arthur, on le saura, est donc à fois le beau frère de Ray Davies et le personnage clé de son album éponyme. On oublie trop qu’Arthur est également cette chanson aux paroles choisies, et à laquelle le compositeur des Kinks fait plus d’une fois référence dans son autobiographie ( il fait par exemple écho à un vers de la chanson à la fin d’un chapitre finissant par « Pour la première fois, je considérais la possibilité qu’Arthur ait pu avoir raison » ).

C’est aussi, pour faire comme dans un vrai blog, et pour mêler la petite et la grande histoire, un souvenir personnel. J’avais toujours un peu dénigré cette chanson aux accents country que j’estimais répétitive. Toujours ?…jusqu’à un court saut à Londres, en 2008. J’ignore pourquoi, tandis que le bus traversait l’une des nombreuses artères de la ville, me laissant contempler le paysage urbain, cette chanson que j'estimais jusqu'alors répétitive a résonné comme une évidence dans mes oreilles. Je n’avais jamais prêté garde à l’empathie de la chanson, et du chorus final notamment («Oh nous t’aimons, et voulons t’aider ! »). Une chanson spécialement appropriée à n’importe qui à n’importe quel moment de sa vie, notamment la mienne, et à ce moment là ( !). « Arthur il se peut que le monde ait eu tort est-ce que tu le sais, est-ce que tu le sais ? Arthur il se peut que tu aies eu raison depuis le départ, est-ce que tu le sais ? »- et cette modulation bienvenue, intelligente et pleine de bonnes intentions dans les paroles- « j’espère que tu le sais ». Une chanson de soutien qui s’adresse en fait à un beau frère exilé en Australie, qui a pris la liberté de suivre sa propre route. Une chanson à portée universelle, si l’on s’y attarde. L’une des plus simplement écrites, aussi, ce qui ne va pas de soi.

Restons encore dans le domaine purement littéraire et sentimental pendant quelques minutes, avant d’aborder la musique. J’étais donc à Londres et dans le but avoué, tiens donc, de me procurer la fameuse autobiographie X-Ray, que j’ai très vite lue après ce séjour. Figurez-vous que j’y ai curieusement découvert ce qui me touchait tant dans cette chanson, dans un passage bien précis :

« (…) mon souvenir d’Australie le plus fragrant est lorsque j’ai regardé par la fenêtre de l’avion. Je voyais Rosie, Terry et Arthur encore debout et nous faisant signe. Ils apparaissaient si complets tous ensemble, si consacrés les uns envers les autres. Terry était bien qualifié et aurait pu faire une belle carrière s’il était resté en Angleterre, mais il a sacrifié ces opportunités pour être avec eux. Je les enviais tellement en les voyant là. Malgré toute la sévérité et l’obstination de Arthur, Terry l’aimait.

Des années plus tard, alors que j’étais sur une autre tournée en Australie, je suis allé rendre visite à ces trois là à Adelaïde. C’était une visite hâtive, j’avais juste le temps de dire bonjour avant de m’envoler à nouveau pour tourner de l’autre côté du continent. Arthur m’a conduit à l’Aéroport mais s’est arrêté en dehors du périmètre de l’aéroport, à la fin d’une piste. Les avions décollaient et atterrissaient au dessus de nos têtes. Le moment entier était, contrairement aux habitudes d’Arthur, particulièrement émotionnel. Il m’a dit qu’il avait aimé le LP Arthur, et qu’il savait qu’il avait été partiellement inspiré par lui. Il m’a surpris en ajoutant qu’il admirait certaines de mes chansons et que, bien qu’il n’avait pas d’affinité pour les rocks lourds, appréciait les types de mélodies chantantes, qui lui rappelaient la maison et les fêtes familiales dont nous étions coutumiers. J’ai été troublé par cela, car j’avais toujours pensé que la famille était l’une des raisons principales pour laquelle il avait émigré. Peut-être que la réelle raison pour laquelle il avait quitté l’Angleterre, c’est qu’il aimait tellement le vieux pays qu’il ne voulait pas rester là à le voir se désintégrer. Ce n’était probablement pas la raison exclusive, mais même si c’en était qu’une partie, alors le titre de l’album, Arthur, ou le déclin et la chute de l’empire Britannique, était encore plus approprié. J’ai dit à Arthur que je me sentais coupable de l’utiliser en tant que sujet pour une chanson, mais il haussa les épaules devant mes excuses, déclarant qu’il était flatté. Peut-être savait-il ce que j’essayais de dire dans les paroles, comment j’avais essayé de donner du sens à une vie qui paraissait encore plus désespérée et confuse que la mienne. Alors qu’un autre jet décolla et gagna la porte, Arthur me dit qu’il devait aller à l’hôpital pour une opération et que, au cas où, il avait pris soin de Rosie et Terry en souscrivant à un contrat d’assurance vie. Je n’ai pas saisi sur le moment, mais il semblait désormais patent qu’Arthur me disait qu’il allait mourir. Nous avons roulé jusqu’au terminal et il a même porté mon bagage, m’a accompagné jusqu’à la porte et m’a vu dans l’appareil.

Cela ne m’a pas frappé à ce moment là, mais ça avait été la seule occasion que je n’avais jamais eu d’être vraiment seul avec lui. Il me semblait que lorsque aucune tierce personne se trouvait alentours, il se sentait suffisamment apaisé pour me traiter comme une grande personne, son égal. Quelques temps plus tard, je me suis retrouvé à apprendre la nouvelle de son décès à mes parents. Quand il est mort, au début des années 70, cette image de lui, restant debout avec Rosie et Terry, faisant signe au revoir à l’occasion de notre première tournée, était encore avec moi ».


Les confessions de Ray Davies sur lui-même ou sa vie privée sont très rares et, les chansons semblant faire référence à des sentiments explicitement éprouvés par lui-même, et non par le personnage chantant sa chanson, le sont d’autant ( d’ailleurs, c’est sur The Way Love used to Be et Moments de l’album encore plus obscur Percy que j’ai pour la première fois eu le sentiment concret que le chanteur parlait pour lui – Muswell Hillbillies, l’album, étant mis à part - ).

Arthur la chanson illustre également bien la personnalité de son chanteur, friand des brouillages de piste réalité / fiction.

L’album chanson par chanson

1) Victoria

15/20


Cette chanson ne laisse pas de souvenir à ce point impérissable. A part son pont peut-être…cependant, on voit mal quelle chanson pourrait mieux introduire l’album. A part quelques malices glissées dans les paroles et un son de guitare typiquement Kinksien ( et même Arthurien !), j’ai du mal à comprendre l’engouement des anglais ( triste BBC !) pour ce deuxième single issu de l’album ( quel choix…), quand même ( d’autant avec une pochette aussi laide ! c’était déjà une habitude mais ici cela atteint des sommets )…

Bon, c’est très loin d’être affreux sinon, musicalement. C'est même une bonne chanson. Mais son principal handicap, c’est de ne contenir que deux phases musicales différentes, alors que le reste de l’album est extrêmement riche en trouvailles mélodiques, en originalité de structure, et en instrumentation. Le temps me la fait considérer, mais guère plus...

2) Yes Sir No Sir

18/20


L’un des petits chefs d’œuvre de l’album. Le beat de batterie caricature d’une marche militaire sied parfaitement à l’atmosphère satirique et antimilitariste du titre. De très belles parties de guitare ici, aussi, répondant comme il se doit à la désinvolture des paroles, telles un petit soldat perroquet.

La structure de la chanson, absolument parfaite, donne lieu à une montée en puissance autant de l’instrumentation ( cuivres ) que du cynisme théâtral des paroles, tournant en dérision une autorité abêtissante. A ce titre, l’excellent changement de rythme à l’occasion du deuxième refrain donne une toute autre dimension à la chanson. L’interprétation des supérieurs par Ray Davies ne manque pas de piquant non plus : « Laisse les sentir qu’ils sont importants pour la cause, mais laisse les sentir qu’ils se battent pour leur famille, assure toi juste qu’ils contribuent pleinement. Donne au rebut une arme et fais se battre le pauvre type, et sois sur d’avoir tous les déserteurs tirés à vue, si il meurt nous enverrons une médaille à sa femme, ah ah ah ah »

3) Some Mother’s Son

17/20


“Wonderboy, some mother’s son”
chantait Ray Davies dans une autre chanson. Il dit en interview pour Rolling Stones avoir aimé l’expression « Some mother’s son » et avoir eu envie de la réutiliser dans un autre titre, et ce fut chose faite ici…pour un autre des petits chefs d’œuvre de l’album !…

Some Mother’s son est une ballade rappelant que les soldats sont les enfants de quelque mère, quelque part, de quelque enfance, de quelque innocence, il y a longtemps. Mais cette chanson est avant tout un bijou mélodique, mis en cohérence avec des paroles écrites sur le cœur. Encore une fois, il y a une certaine montée en puissance qui est mise en œuvre, beaucoup plus insidieuse cependant. Le point culminant étant ce refrain où les chœurs, que nous attendions tant, arrivent enfin, chantant des mots à faire pleurer une porte de prison : « quelque part quelqu’un pleure, quelqu’un essaie d’être si courageux, pourtant le monde continue de tourner, bien que les enfants soient tous partis ». Snif. Que celui qui ne ressent pas une émotion quelconque, une empathie quelconque à l’écoute de cette chanson…aille tout de suite se chercher un fusil ? non. Qu’il me dise juste vaguement que, lui, il aime la musique ; cette chanson restera à mes yeux consacrée aux mélomanes...

4) Drivin’

16/20


L’une des chansons les plus légères de l’album. Je me demande si cette chanson ne regarderait pas un fantasme de Ray Douglas Davies car, j’ai lu de sa propre bouche dans une interview qu’il ne savait pas conduire ( y arrive-t-il aujourd’hui ?…). Du moins, il n’avait pas le permis…

Les paroles de cette chanson sont délicieusement absurdes et insouciantes : « on dirait que le monde entier est entrain de se battre, ils parlent même d’une guerre, laissons les russes et les chinois et les espagnols faire leur combats, le soleil brille…nous allons rouler en voiture », et de faire un pique nique, et d’oublier les dettes et toutes sortes de problèmes. C’est drôle car c’est précisément ce que la chanson, limite foraine, douce et barrée, donne envie de faire : être écoutée en voiture pour partir en voyage et ne penser à rien. Et une chanson qui transmet son insouciance, si ce n’est pas une chanson sur la souciance, hé ben je l’aime bien !

5) Brainwashed

18/20


Chef d’œuvre méconnu des Kinks en tant que rockers ( punks ?). Ce morceau, court, transmet tout ce qu’une chanson énergique pourrait transmettre d’intelligent avec conviction, dire mélodiquement sans paraître stéréotypé, et apporter d’intégrité à une chanson rock. Il dit aussi autrement ce que dira Shangri La, avec la méthode dure cette ( première ) fois.

Et on nous parle encore que de You Really Got me après ça…

6) Australia

16/20


Australia commence sur les chapeaux de roue, comme une sorte de publicité touristico-dithyrambique du pays « L’Australie, la chance d’une vie ; l’Australie, tu as ce pour quoi tu travailles, personne ne doit être meilleur qu’il n’en a envie ; l’Australie, pas de distinction de classe ; l’Australie, pas d’addiction à la drogue »…allons-y !

C’est ce que fit Arthur, le vrai, vous connaissez l’histoire (…). Musicalement, la chanson emprunte aux Beach Boys ou je ne m’appelle pas Dimitri. C’est très manifeste dans les chœurs encadrant la partie euh…tout au long de la chanson, notamment le premier « nous surferons comme ils font aux USA », curieusement. Un clin d’œil ( ?). L’ambiance est donc extrêmement colorée, enthousiasmante, dynamique. Un changement de rythme se produit au bon moment du morceau ( le moment où la lassitude risquait de poindre ), avec l’excellente reprise mélo du passage « nous ferons du surf, comme ils font aux USA (…) ».

La suite est une sorte de bœuf ( musical !) assez planant et assez, heu, trainant, en langueur comme en longueur, et qui a plutôt été abondamment critiqué. Et c’est de là que vient la lassitude qui finit par apparaître tôt ou tard, tandis que l’on attend le fader avec une impatience de plus en plus fébrile au fil des minutes. Il doit bien y avoir une minute / une minute trente de trop à ce morceau, il faut bien le reconnaître. Dommage, car les trois / quatre premières minutes sont excellentes.

7) Shangri-La

20/20


Le chef d’œuvre de l’album. J’ai presque du mal à me souvenir d’un jour où je n’ai pas connu cette chanson tant elle ne ressemble à aucune autre et force le respect…syndrome de la chanson sacrée comme on en compte très peu ( l’équivalent Beatlesque serait Day in a life ; chez Led Zeppelin ce serait Kashmir sans doute…enfin vous voyez ? ). C’est peut-être bien (l’) une (des) cathédrale(s) des Kinks.

Shangri La – ou paradis sur terre - est une raillerie du matérialisme au ton pseudo religieux. Une raillerie du conformisme également, où chacun vit dans son petit Shangri La dûment gagné, et où personne ne peut se voir plus haut que tout ce que le matérialisme peut offrir ( voiture ; toilettes à l’intérieur ; confort moderne…). Comme d’habitude chez Ray Davies, la raillerie n’est pas exempte de compassion pour les gens, conditionnées, qui subissent plutôt qu’ils ne choisissent leur sort « le petit homme qui prend son train a une dette qui lui pend au dessus de sa tête, mais il a trop peur pour se plaindre, car il est conditionné de cette manière. Les jours passent et ils remplit ses dettes, s’achète un écran de télé et une radio, pour 7 shillings par semaine ».

Comme la plupart des grandes chansons des Kinks, elle est autant mémorable pour sa qualité musicale que littéraire. Du point de vue musical, pour commencer, la chanson se présente comme une ballade, mais une ballade épique à la structure tout sauf ordinaire, en trois parties. Trois parties qu’il vaut mieux écouter car les mots ont un dégout de la musique et vice versa (…).

Pour l’anecdote, Ray Davies, au cours d’une interview pour Rolling Stones ( déjà évoquée plus haut...), a dit avoir joué cette chanson à un ami en guitare voix peu après sa création et s’être aperçu qu’elle le concernait directement. Une petite brouille aurait succédé l’événement (…). On ne peut pas faire de constats sociaux sans heurts, sans doute…

8) Mr Churchill Says

17/20


L’un des petits chefs d’œuvre de l’album. La chanson doit sa note notamment à son pont, lancé par une sirène, et succédé par un magnifique solo du brother Dave. L’effet montée en puissance fait une fois encore recette, il suffit de se montrer patient.

Du point de vue des paroles, la chanson vaut surtout pour ses citations de discours empruntés à quelques grands personnages de la seconde guerre mondiale, mais, pour remettre la chose entre des mains compétences, je vous laisse découvrir ces propos en détail via un autre blog très intéressant qui, de surcroit, m'a fait l'honneur de citer le mien en tant que blog francophone consacré aux Kinks...

9) She's Bought A Hat Like Princess Marina

16,5/20


Une excellente chanson de divertissement, ponctuée de paroles d’une ironie mordante mais jamais cynique, dans le plus pur style Kinksien ; on retrouve bien là le doux-amer évoqué par l’auteur du booklet. La farce va quand même assez loin, et les joues se gonflent de rire : « il a acheté un chapeau comme Anthony Eden, parce qu’avec lui il se sent comme un seigneur, mais il n’a pas les moyens d’une Rolls ou d’une Bentley, il doit s’acheter une Ford d’occasion, il essaie de nourrir sa femme et sa famille et leur acheter des vêtements et des chaussures qu’ils puissent porter, mais il a acheté un chapeau comme Anthony Eden, alors il s’en fiche ».

La musique concrète insérée dans le morceau remplit bien son rôle d’effet comique aussi ( bruit de Klaxon enrhumé quand on parle de la Ford d’occasion…).

L’instrumentation très…victorienne se moque sérieusement du peuple, ici...

Le morceau s’emballe ensuite avec l’arrivée du Kazoo et l’accélération euphorique du rythme, que l’on sentait venir comme un éléphant marchant à pas feutrés dans un microphone géant. Et c’est le climax du morceau, et c’est très drôle, et c’est dansant, et c’est grisant.

10) Young And Innocent Days

15/20


Une ballade a priori sans prétention et qui va droit au but…mais une chanson d’orfèvre au petit charme capricieux, typiquement Davidsien, à laquelle on ne peut pas longtemps résister.

Le pont, accompagné par les chœurs, est magique.

11) Nothing to say

15/20


Ou les liens de plus en plus ténus pouvant être entretenus dans une famille, sous le poids des années, ses membres n’ayant « plus rien à se dire ». L'intro au piano est excellente, les arrangements bien trouvés, le ton désinvolte et léger. Ce n’est certainement pas la chanson que l’on remarquera en premier, ni celle que l’on utilisera pour promouvoir l’album, mais elle a de bons moments, grâce entre autre à des paroles d'une tendre cruauté et un pont mémorable.

12) Arthur

16/20


Arthur, même si reposant sur un riff répétitif, a quelque chose d’un mantra auquel on peut difficilement rester indifférent après plusieurs écoutes attentives. Peut réconcilier ceux qui pensent avoir un différend avec la musique country(esque).

Pour détails, voir ci dessus, l’ami(e).

Note de l’album :

17,5/20


Quand une partie de la carrière – mieux, un album ! – des Kinks émerge aux yeux du grand public, il s’agit immanquablement de The Kinks Are The Village Green For Preservation Society. Le chef-d’œuvre inaperçu. Pourtant, il a un immense rival dans ce registre : Arthur. Arthur, dernier chef-d'oeuvre indiscutable et indiscuté, ou l'apogée avant le déclin très progressif des Kinks.

Album décortiquant la vie du rouage d’un empire ; album ayant un fond biographique chargé sous des apparences trompeuses ; album aux sonorités modernes sur fond d’empire victorien, ; album musicalement très original et littérairement intelligent et polyvalent, album au génie indocile, Arthur ne ressemble sans doute à aucun autre album des Kinks et pourtant il les définit merveilleusement. Dans chacune des chansons, il y a au moins un passage adorable. Arthur est une excellente sinon la meilleure carte de visite / publicité du groupe au XXIème siècle. Arthur, aussi, est à l’image de la carrière des Kinks : il semble qu’en étant un peu plus soutenu et vendu, ce projet aurait pu prendre de toutes autres proportions. Le dire est tout à leur honneur, un honneur mérité.
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cheguemanu 14/11/2010 20:45


Un bien bel album il est vrai!
Shangri-La, je vous rejoinds là dessus est la meilleure composition de l'album ( de la carrière des Kinks???).
Il est bien dommage que les Kinks n'aient pas eu le succès qu'ils méritaient sur cet album ainsi que sur l'ensemble de leur carrière, car ils méritent autant la "1ère" place que les Beatles...


Olivier 14/06/2010 22:11


Mon album préféré des Kinks! Parce que les musiciens se lâchent vraiment! Suffit d'écouter les parties de batterie de Mick Avory, les mélodies que Dave joue sur les morceaux (toujours plusieurs
guitares qui s'entrelacent), la basse qui galope, les superbes mélodies, l'amnbiance qui s'en dégage, vraiment magique (cf Shangri-la)... C'est un album tellement varié, avec des changements de
rythme en plein milieux des morceaux, c'est indescriptible! J'adore! ;)